Les taux d’intérêt négatifs et la faiblesse des rendements sur les marchés financiers ont obligé Nest à réorienter ses investissements. Vers l’immobilier notamment. Depuis 2013, la caisse de pension écologique et éthique a engagé 25% de ses capitaux dans ce secteur en passant par des fonds spécialisés, mais aussi par des investissements directs.

«Le marché des biens existants étant asséché, nous nous impliquons de plus en plus en amont dans les projets, explique Caroline Schlum, l’une des responsables de la caisse pour la Suisse romande. Cela nous permet de participer aux choix à tous les niveaux et de veiller à ce que les critères en matière d’environnement et de durabilité soient respectés.»

Nest mieux implanté en Suisse alémanique

Le concept d’investissement direct dans l’immobilier s’est développé surtout de l’autre côté de la Sarine, où Nest est mieux implanté qu’en Suisse romande. Une vingtaine de projets ont déjà vu le jour, notamment dans la région zurichoise ainsi qu’à Bulach (ZH) et à Brugg-Windisch (AG).

Nest impose ses critères de durabilité dans tout le processus – de la planification à la finition des projets, en passant par l’approvisionnement en matériau – aux autres partenaires. «La politique éthique et écologique est également intéressante pour les propriétaires fonciers parce que nous ne spéculons pas et qu’ils n’ont pas à redouter de mauvaises surprises», explique Mario Schnyder, le responsable immobilier de Nest, dans le dernier bulletin d’informations de la caisse.

480 millions investis

Pour sa part, le directeur Peter Beriger y affirme que «les biens immobiliers directement détenus s’inscrivent parfaitement dans notre politique de placement. Il y a peu de classes d’actifs dans lesquelles nous gérons nos ressources financières de manière aussi directe.» Et d’ajouter: «Le levier éthique et écologique est particulièrement élevé.»

La ligne est ainsi toute tracée: à l’avenir, Nest, qui a déjà investi quelque 480 millions de francs, poursuivra dans cette même direction. Preuve du succès: son parc immobilier a largement aidé la caisse de pension à réaliser un rendement brut moyen de 4,9% en 2015.

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A l'origine, un réseau d'entrepreneurs

Que du chemin parcouru depuis qu’un réseau d’entrepreneurs s’est réuni pour lancer une caisse de pension alternative. C’était en 1983. Contrairement aux grands établissements, Nest n’investit pas l’argent du deuxième pilier de ses membres dans des activités liées à l’industrie de l’armement, à la déforestation ou encore qui participent aux violations des droits humains.

Au départ, il avait fallu une dizaine d’années aux autorités fédérales pour valider l’oracle de la fondation Nest. «Après l’affaire des fiches révélée dans les années 90, nous savons que les promoteurs de Nest étaient surveillés comme s’ils étaient des éléments subversifs, menant des activités contre l’Etat», raconte Caroline Schlum. Depuis, d’autres caisses de pensions alternatives ont vu le jour en Suisse, notamment à Bâle et à Genève.

«Résultat réjouissant»

Après trente ans d’existence, les responsables de Nest ne sont pas peu fiers de leur bilan. Au 30 septembre 2016, la caisse gérait les fonds du deuxième pilier de 3096 petites et moyennes entreprises et établissements publics, comptant entre un et cent collaborateurs. Au total, 19 885 assurés en Suisse. Parmi les plus connus en Suisse romande, Infomaniak (service de billetterie), EcoService (désamiantage), Réalise (réinsertion professionnelle).

«Par rapport à l’Indice du Credit Suisse qui regroupe les performances réelles des 30% des caisses de pension, notre performance atteint 3,9% sur les dix dernières années, contre une moyenne de 2,8%, poursuit la responsable romande de Nest. C’est un résultat réjouissant si l’on tient compte du fait que nous devons respecter les critères de durabilité, ce qui n’est pas une exigence pour les autres caisses.»

Caroline Schlum rappelle par ailleurs qu’il n’est pas facile de faire du durable pour une caisse de pension parce qu’il n’y a pas assez de produits d’investissement sur le marché. «De surcroît, nous sommes davantage sous les feux de la critique que d’autres caisses, alors même que nous sommes contraints à prendre plus de risques», dit-elle.