Peut-être pas encore cette année. Mais d’ici au maximum deux à trois exercices, la Chine deviendra le deuxième marché pour Nestlé. En parallèle à la croissance soutenue que la multinationale veveysanne connaît dans les pays émergents, l’Empire du Milieu se profile plus que jamais comme le marché d’avenir. En 2012, le numéro un mondial de l’alimentation devrait réaliser dans la Grande Chine (Hongkong, Macao et Taïwan compris) des ventes de quelque 5 milliards de francs. Soit un doublement par rapport à l’an dernier, a expliqué jeudi depuis Shanghai Roland Decorvet, patron de Nestlé Chine, lors de la présentation des résultats du groupe après neuf mois. Ce n’est de loin pas un hasard si le groupe a choisi de se délocaliser dans l’Empire du Milieu pour mener sa conférence de presse d’au­tomne, quelques jours après un séminaire destiné aux analystes, également en Chine. Pour l’heure, ce pays et son 1,3 milliard de consommateurs pointent au septième rang dans la hiérarchie Nestlé.

Cette montée en puissance, avec une hausse des ventes de 16% en moyenne ces quatre dernières années, a deux origines. Alors que Nestlé ne disposait jusqu’ici que d’une présence chinoise limitée par rapport à d’autres groupes, la multinationale refait vite son retard.

D’abord, elle a procédé l’an dernier à deux acquisitions majeures – à 60% – pour accélérer son développement, à savoir Yinlu et Hsu Fu Chi. Elles auront généré près de la moitié des ventes sur l’exercice 2012. Les autres partenariats dans le pays continuent d’apporter leur pierre à l’édifice. Ainsi, celui conclu avec Totole il y a treize ans dans les produits culinaires ne cesse de croître. Les ventes de Nestlé-Totole ont ainsi été multipliées par douze.

Ensuite, les perspectives s’avèrent alléchantes. Le marché chinois de la consommation n’en est qu’à ses débuts, à sa phase initiale de développement. Selon les données de Nestlé, Euromonitor et McKinsey, chaque habitant débourse très peu pour son budget alimentaire, soit moins de 200 dollars par année. Dont environ quatre dollars tombent dans l’escarcelle de Nestlé (27 renminbis, RMB). Toutefois, d’ici à 2020, le budget alloué à la nourriture devrait atteindre 240 dollars. Un niveau par habitant qui restera encore deux fois inférieur à celui du Mexique, par exemple. C’est donc un territoire aux possibilités illimitées, ou presque, selon Roland Decorvet. A condition toutefois de respecter scrupuleusement la qualité de la nourriture, la sécurité et la conformité légale dans un pays qui ne badine pas avec la réglementation alimentaire. Plusieurs scandales, dont un laitier, ont fortement secoué la population chinoise ces dernières années et il est ensuite très compliqué de retrouver sa confiance.

Nestlé veut également tirer profit d’un autre segment, la consommation des personnes âgées. D’ici à 2015, la Chine comptera plus de 330 millions de citoyens de plus de 55 ans. Eux dépensent la moitié de leurs avoirs en nourriture, soit 5000 RMB «par estomac», selon Roland Decorvet. Présence et connaissances locales, combinées au modèle Nestlé, devraient permettre à la multinationale de parvenir à ses fins. Dans cette optique, le groupe va inaugurer l’an prochain deux nouveaux centres de recherche et développement, l’un à Xiamen et l’autre à Dongguan. Ils rejoindront les deux autres déjà ouverts.

Le marché chinois de la consommation n’en est qu’à ses débuts, à sa phase initiale de développement