Nestlé n'échappe pas à la mode des aliments «bons» pour la santé. Peter Brabeck, administrateur délégué du groupe veveysan, a décortiqué l'évolution de ce secteur en marge de la divulgation des résultats record du groupe (voir graphique ci-contre). S'il réfute le qualificatif d'alicament, lui préférant celui d'«aliment fonctionnel», il n'empêche que les produits enrichis de substances comme des vitamines ou du bifidus représentent un marché en plein boom, dans lequel Nestlé veut devenir un acteur majeur. Les ventes des produits santé ont augmenté de 34% à près de 550 millions de francs. «La population mondiale va passer de 6,1 milliards d'habitants aujourd'hui à 7,75 milliards en 2025, a expliqué Peter Brabeck. La population âgée de 60 ans va doubler. Dans ce secteur, le potentiel est énorme.» Il a ajouté que le groupe était bien placé par rapport à la concurrence, parce que ce type de produits est protégé par des brevets.

Si Nestlé a vu ses ventes totales croître de 9,1% à plus de 81 milliards et son résultat net bondir de 22% à 5,76 milliards de francs, le groupe doit notamment ses bons résultats à des mesures de restructurations drastiques menées depuis 1997. Elles ont abouti a une réduction des coûts de 3,1 milliards de francs, dont 900 millions l'an dernier à travers la fermeture ou la vente d'usines. Cela a été possible en économisant dans le secteur emballage et en réduisant le nombre d'employés (actuellement 230 000 collaborateurs). La restructuration n'est pas terminée, puisque le groupe veveysan compte économiser cette année encore 600 millions de francs pour atteindre au total d'ici à trois ans 1,5 milliard

d'économies.

Nestlé a en outre réduit sa dette de plus de la moitié l'an dernier, à un peu plus de 3 milliards de francs. Cette situation financière va lui permettre de s'offrir pour 18 milliards le spécialiste américain de l'alimentation des animaux, Ralston Purina (lire Le Temps du 16 janvier). «La marque Ralston a une très grande crédibilité auprès des vétérinaires et des éleveurs, a précisé Peter Brabeck. Elle complète très bien notre marque Friskies.» La division alimentation pour animaux représente pour le moment 12% des ventes totales du groupe. «On nous a critiqués quand nous nous sommes lancés sur ce crénau il y a quinze ans, a-t-il précisé. Nous nous sommes pourtant taillé la deuxième place sur ce marché. Il fallait trouver un partenaire afin de nous catapulter à la première place d'ici à quelques années.»

Trois piliers

Côté perspectives, Peter Brabeck a précisé que si en 2000 «le ciel était bleu pour Nestlé, 2001 risquait d'être nuageux. Le ralentissement économique aux Etats-Unis peut affaiblir nos ventes. Mais l'Europe et l'Asie peuvent reprendre le flambeau.» La Russie et la Chine sont en outre, d'après le grand patron, deux marchés très profitables. Au Mexique et au Brésil, les perspectives sont bonnes. Si Nestlé mise sur les alicaments, le groupe n'oublie pas ses trois piliers que sont le Nescafé, les glaces (avec la reprise totale de Häagen-Dazs fin décembre) ou encore les eaux minérales (Perrier, Vittel, San Pellegrino, Contrex, etc).

Du point de vue financier, Nestlé a aussi fait des économies en se radiant de la Bourse d'Amsterdam l'an dernier. Le groupe projette de faire de même à Tokyo, à Bruxelles et à Vienne. Du coup, l'action du groupe – qui sera fractionnée par dix prochainement – reste cotée à la Bourse suisse (SWX), à Londres, Francfort et Paris. Le titre Nestlé a augmenté de 1,3% à 3595 francs vendredi à Zurich.