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Nestlé alloue 2 milliards aux plastiques recyclés

Le géant vaudois de l’alimentation veut favoriser la création d’une industrie pour le recyclage de ce matériau, à l’instar de celle qui existe pour le PET. Une «fausse solution» qui ne contribue pas à diminuer la quantité d’emballages jetables, pointent les milieux écologistes

Garantir une demande conséquente et promettre d’y mettre le prix. C’est la recette de Nestlé pour développer une filière des plastiques recyclés. «Nous avons la capacité financière et l’envergure nécessaire pour créer un marché pour ce matériau, en assurant un débouché et une rentabilité», a insisté jeudi le patron de la multinationale veveysanne, Mark Schneider. En marge d’un événement de presse donné à Zurich en vue du prochain WEF (Forum économique de Davos, qui se tiendra la semaine prochaine), il revenait sur une annonce faite plus tôt par le groupe vaudois d’un investissement de 2 milliards de francs censé doper le développement d’emballages en plastique recyclé.

Car, pour l’heure, en dehors du PET de ses bouteilles d’eau, le fabricant des KitKat et des Smarties n’utilise que du neuf. Ce, faute d’alternatives répondant aux normes de qualité alimentaire, justifie-t-il: les emballages sont composés essentiellement de polyéthylène (PE) et polypropylène (PP), deux matériaux qui peuvent déjà être recyclés et sont utilisés dans l’industrie, mais l’offre capable de répondre aux exigences sécuritaires spécifiques de l’agroalimentaire est trop faible, argue la multinationale; «le différentiel de qualité est similaire à celui qui existe entre une bouteille de PET et un bidon de détergent», a comparé Mark Schneider.

Stimuler l’industrie du recyclage

La firme s’est ainsi engagée dans les cinq années à venir à utiliser jusqu’à 2 millions de tonnes de plastiques recyclés à usage alimentaire et à allouer plus de 1,5 milliard de francs au paiement d’une prime pour ces matériaux. En rendant ainsi «le recyclage du PP et du PE financièrement attractif», elle espère inciter les fournisseurs de plastiques à investir dans le développement de nouvelles capacités de transformation.

Le groupe annonce en outre la création d’un fonds de capital-risque: doté de 250 millions de francs, il sera chargé d’investir dans des start-up se consacrant à de nouvelles solutions d’emballage – matériaux alternatifs, systèmes de recharge ou solutions de recyclage, précise le groupe qui a récemment inauguré à Lausanne un institut de recherche dédié à l’emballage.

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Améliorer la capacité de tri

De quoi faire saliver l’industrie du recyclage? «Ces initiatives vont sans nul doute contribuer au développement d’un écosystème autour de la valorisation des emballages», affirme Vincent Chapel, président du spécialiste genevois de la gestion des déchets Helvetia Environnement. Son entreprise, par ailleurs déjà partenaire de la multinationale, prévoit dans un premier temps d’améliorer la capacité de tri, «pour éviter que ce plastique ne soit incinéré comme c’est encore majoritairement le cas aujourd’hui». Une fois en possession de la matière, des investissements seront envisagés pour sa transformation.

«Les moyens mis en œuvre et les incitations vont certainement stimuler le changement vers le recyclable et recyclé», réagit pour sa part Frédéric Mauch, directeur de BioApply, spécialisé notamment dans la fabrication de plastiques compostables. Il déplore toutefois la faible visibilité accordée aux matériaux alternatifs: «Ils ne sont évoqués que sur la partie capital-risque, sous-entendant que les solutions n’existent pas», déplore le patron de la société vaudoise qui développe des sacs biodégradables et biosourcés.

Remplacer le jetable par du jetable

Qu’en est-il des retombées environnementales de ces initiatives? Le groupe espère réduire d’un tiers son utilisation de plastique neuf, au cours des cinq prochaines années, s’est félicité Mark Schneider, refusant cependant de quantifier sa consommation actuelle: «Nous communiquerons ce printemps sur le nombre d’emballages plastiques», a-t-il ajouté. Quant aux deux autres tiers, «nous annoncerons prochainement de nouvelles initiatives et fournirons régulièrement des mises à jour sur nos progrès».

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Saluant «un premier pas dans la bonne direction», Greenpeace estime cependant que la multinationale investit dans de «fausses solutions» en remplaçant les emballages traditionnels par d’autres solutions, elles aussi jetables. Or, «pour mettre un terme à la crise actuelle, il faut cesser de produire inutilement du plastique et adopter de nouveaux systèmes d’approvisionnement», note Matthias Wüthrich, expert zéro déchet pour Greenpeace Suisse. L’ONG appelle ainsi le groupe à centrer ses forces dans de nouveaux systèmes basés sur la vente en vrac et d’autres solutions réutilisables.

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