Agroalimentaire

Nestlé annonce une révolution sucrière

Le groupe affirme avoir découvert un moyen de réduire jusqu'à 40% de la teneur en sucre dans ses confiseries. Une nouvelle étape dans la plus grande réorientation stratégique de son histoire. 

Le sucre est décidément toujours plus indésirable. Dans un communiqué publié mercredi soir, Nestlé, numéro un mondial de l’agroalimentaire a annoncé avoir découvert un moyen scientifique pour réduire jusqu’à 40% la teneur en sucre de ses confiseries.

Les chercheurs du groupe ont trouvé le moyen, à l’aide d’ingrédients naturels, de modifier la structure du sucre afin d’en mettre moins dans le chocolat sans en changer le goût, précise Stefan Catsicas, le directeur technologique de Nestlé. C’est «comme si on faisait des cristaux de sucre «creux» qui se dissolvent plus vite», a-t-il ensuite expliqué à l’agence Bloomberg.

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La prise de distance de Nestlé vis-à-vis du sucre ne date pas d’hier. En 2007, le groupe veveysan prévoyait déjà de réduire le taux de sucre de ses produits. Il s’y engageait publiquement dans un plan triennal, dont l’objectif était de réduire de 10% le taux de sucre dans tous ses produits ne remplissant pas une série de critères nutritionnels.

Des promesses contre le sucre

En attente d’être brevetée, la découverte scientifique – dont on ne connaît que peu de chose – devrait être intégrée dans l’élaboration des confiseries Nestlé dès 2018. Cette déclaration intervient dans un contexte de lutte de plus en plus acharné contre la consommation de sucre. D’autres acteurs du secteur des douceurs se sont aussi engagés dans le même type de démarche, à l’image de PepsiCo, par exemple, qui a aussi promis une réduction de sucre dans ses sodas d’ici à 2025.

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Cette annonce n’est qu’une étape supplémentaire pour Nestlé, qui se dégage progressivement d’un marché des confiseries en perte de vitesse. Troisième acteur mondial – derrière Mars et Mondelez International – le groupe veveysan perd des parts de marché depuis trois ans. Elles sont passées de 7,60% à 6,70%, selon des estimations du cabinet de recherche Euromonitor International. En cause notamment, sa grande réorientation stratégique vers le marché de la santé et des alicaments, des aliments aux vertus sanitaires démontrées.

Les barres chocolatées KitKat – produit phare de Nestlé – et autres Smarties ne représentent plus que 10% du chiffre d’affaires du groupe veveysan en 2015. Contre un peu moins de 17% pour le portefeuille nutrition et sciences de la santé.

Le prix est dissuasif

Pour Lianne van den Bos, analyste du secteur alimentaire chez Euromonitor International, les marques traditionnelles comme Mondelez ou PepsiCo suivent une tendance sociétale: «Les consommateurs des pays développés se tournent toujours plus des produits étiquetés comme sain.» Pour les capter, Nestlé a, en Grande-Bretagne, également retiré les couleurs artificielles de sa gamme de confiseries et modifié l’emballage des Smarties afin d’afficher plus clairement combien de sucres contiennent exactement les paquets.

Les effets de cette transparence sont contestés. En conséquence, les autorités agissent directement sur le portefeuille des consommateurs. La France, la Belgique ou certains Etats américains taxent le sucre ou les boissons sucrées. Mi-octobre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a même affirmé qu’une augmentation du prix des boissons de 20% permettrait de diminuer la consommation d’un quart.

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