AGROALIMENTAIRE

Nestlé est contraint de fermer une source minérale au Brésil

Les autorités brésiliennes reprochaient depuis 1997 à la multinationale suisse de traiter son eau minérale Pure Life.

Encore un revers pour Nestlé au Brésil. Après le veto de l'agence antitrust au rachat de la fabrique de chocolat Garoto, la multinationale a dû cesser, le 31 octobre, la production de son eau Pure Life (20% de ses ventes d'eau au Brésil), interdite par le Département national de production minérale (DNPM).

Pour le DNPM, la production de la Pure Life est illégale, la loi brésilienne interdisant toute altération des eaux minérales, qui doivent être commercialisées dans leur état naturel. Or, l'eau minérale du puits Primavera – perforé dans le Parc d'eaux de São Lourenço (Etat du Minas Gerais) – à partir de laquelle est produite la Pure Life, est trop ferrugineuse pour être vendue en l'état, insiste Nestlé: «Cette eau serait impropre à la consommation humaine.»

La multinationale en retirait donc l'excès de fer, puis la reminéralisait artificiellement avant de la mettre en bouteille. Cela grâce à une résolution prise en 1999 par l'agence sanitaire du Brésil permettant la mise en vente d'«eaux préparées artificiellement à partir de n'importe quelle source» (c'est-à-dire, minérale notamment) sous l'étiquette «eau purifiée additionnée de sels». «Une résolution prise sur commande», accuse Pedro Paulo Aina, procureur du Ministère public du Minas Gerais, saisi de l'affaire.

Autres sources menacées

De son côté, Nestlé, qui a néanmoins accepté le veto du DNPM, lui reproche d'avoir «changé de politique». En fait, cette instance lui avait déjà interdit une première fois en 1997 d'altérer l'eau Primavera, mais s'était ensuite défaite du dossier au profit de l'agence sanitaire, moins regardante. Le DNMP a toutefois décidé, l'an dernier, de s'en ressaisir, décrétant alors son nouveau veto et la fin de l'exploitation du puits Primavera.

C'est aussi ce que réclame le Ministère public, qui a porté plainte contre Nestlé en 2001, après avoir été saisi par la population locale et les écologistes. Pour eux, l'exploitation du puits menace le débit des autres sources minérales du parc (l'une d'elle est déjà desséchée), connues pour leur valeur thérapeutique, et altère leur composition chimique.

«Les problèmes ont commencé à partir de l'ouverture du puits», insiste Pedro Paulo Aina, qui cite aussi un rapport officiel imputant ces problèmes à la «surexploitation» des eaux. Bref, pour les experts, les dégâts excèdent la contribution de la société, en termes d'emplois.

Nestlé nie, sur la base d'autres rapports officiels mettant en cause, eux, l'expansion urbaine. La société soutient qu'elle ne pense pas utiliser une autre source pour produire à nouveau la Pure Life. Car pourquoi avoir exploité jusqu'ici une source minérale alors qu'une eau déminéralisée peut être produite de n'importe quelle source? «Pour optimiser l'exploitation du puits Primavera, d'où la société retirait déjà le gaz incorporé à ses autres eaux», justifie Nestlé.

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