«Ma grande entreprise qui ne connaît pas la crise». Paul Bulcke, nouveau patron de Nestlé, aurait pu entonner ce refrain, jeudi à Vevey, à l'occasion de la présentation de la marche des affaires à fin septembre et des perspectives d'un groupe dont le chiffre d'affaires dépassera 110 milliards de francs à la fin de l'année.

Nestlé, qui vend pour un milliard de francs de produits par jour rappelle Paul Bulcke, a réalisé un chiffre d'affaires de 81,36 milliards de francs à fin septembre. Cela représente une croissance interne de 3,4%, et même 8,9% en incluant les augmentations de prix. Cette nette hausse a largement compensé l'effet de change - Nestlé a toujours refusé de tourner le dos à une comptabilisation en francs suisses - qui enlève 8% de croissance au groupe alimentaire.

Mis à part le secteur d'eaux minérales, qui a chuté de 1% en raison d'une mauvaise image écologique, que le groupe tente de contrer, tous les domaines d'activités de la société progressent. Les résultats nettement au-dessus du consensus des analystes financiers confirment l'aspect défensif du titre Nestlé, qui progressait de 3,35% jeudi à la clôture de la bourse suisse.

L'Europe constitue toujours la zone à plus faible croissance (+5,4%) alors que l'Asie et l'Afrique sortent du lot (+ 14,2%). Le groupe réalise un tiers de ses ventes dans des pays en développement qui affichent souvent une progression de plus de 20%. Le nouveau concept des produits stockés en petites quantités selon un modèle de distribution de proximité (PPP) est un succès, notamment aux Philippines où des vendeurs de rue se déploieront dans quelque 120000 petites échoppes, relève le groupe veveysan. Ce modèle sera adapté en Europe et aux Etats-Unis pour satisfaire les goûts alimentaires des populations émigrées africaine ou hispanique. Nestlé rompt ainsi avec une tradition de segmentation des marchés qui rendait impossible la vente en Europe de produits conçus pour l'Afrique.

Lait et mélamine

A l'autre extrémité de la gamme, le groupe veveysan développe un nouveau chocolat, nommé Nespresso, qui sera vendu dès le mois prochain dans les boutiques du même nom. Une nouvelle gamme de petits pots pour bébés labellisés «100% naturel» a également fait son apparition.

Paul Bulcke a rappelé jeudi, à propos de la découverte de mélamine dans des produits laitiers en Asie, que Nestlé applique des contrôles très stricts identiques partout dans le monde. «Des dizaines de tests différents sont constamment effectués et une vingtaine de spécialistes ont été spécialement envoyés dans des centres de production en Chine», explique le patron de Nestlé.

Il a par ailleurs démenti toute discussion avec le fabricant américain de chocolat Hershey en vue d'une acquisition. Le groupe continue à renoncer à toute grosse acquisition et renforce son programme de rachat d'actions. Nestlé affirme être très peu touché par la crise financière. Le groupe a consacré le produit de la vente d'une part d'Alcon à la réduction de sa dette à court terme. La société pense-t-elle affronter des vents contraires en 2009? «Il suffit d'avoir un moteur adapté pour y faire face. Et celui de Nestlé me paraît suffisamment puissant pour pouvoir encore accélérer», répond Paul Bulcke. Les prévisions de croissance organique en 2008 ont été relevées de 0,6%, à 8%, et Nestlé s'attend à une progression de la marge bénéficiaire brute.