Depuis plusieurs jours, la pression est maximale sur Nestlé, qui a décidé de maintenir des opérations minimales en Russie, en dépit des appels au retrait d’un pays qui a envahi son voisin ukrainien le 24 février dernier.

Sommée de donner des précisions sur les activités maintenues sur place, la multinationale veveysanne indique dans un communiqué publié mercredi que celles-ci se concentreront sur «la fourniture d’aliments essentiels, tels que les aliments pour nourrissons et la nutrition médicale/hospitalière, et non sur la réalisation de bénéfices».

Critiques ukrainiennes

Lors d’une prise de parole à distance, samedi dernier à l’occasion d’une manifestation de soutien organisée à Berne, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a pointé du doigt le géant de l’agroalimentaire. Sur les réseaux sociaux, les appels au boycott se multiplient depuis des jours – logo d’entreprise maculé de sang à l’appui –, arguant notamment qu’en restant actif à Moscou ou à Saint-Pétersbourg le groupe suisse participe au financement de la guerre de Vladimir Poutine, via la fiscalité.

En sortant de son silence, Nestlé semble surtout vouloir dissiper cette critique: «Bien que nous ne prévoyions pas de faire des bénéfices dans le pays ou de payer des impôts connexes dans un avenir prévisible en Russie, tout bénéfice sera versé à des organisations à but non-lucratif», précise-t-elle, assurant également avoir déjà apporté «des centaines de tonnes de denrées alimentaires et une aide financière importante pour soutenir la population ukrainienne et les réfugiés dans les pays voisins».

Investissements stoppés

Pourquoi s’entêter à rester alors que bien d’autres ont choisi de s’en aller? «Cette approche est conforme à notre objectif et à nos valeurs, répond la principale intéressée dans sa prise de position. Elle respecte le principe de garantir le droit fondamental à l’alimentation.»

A l’avenir, des marques renommées telles que KitKat et Nesquik, entre autres, seront toutefois suspendues. Les importations et exportations jugées non essentielles à destination et en provenance de la Russie, la publicité et les investissements dans ce pays ont été interrompus, selon la multinationale, qui assure encore qu’elle se conformera pleinement à toutes les sanctions internationales contre le pays.

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Pour l’instant, aucune mesure n’a été prise en ce sens par l’Union européenne, les Etats-Unis ou la Suisse. A l’instar de Burger King, Danone, Unilever ou Roche, d’autres sociétés ont elles aussi décidé de garder un certain niveau d’activité dans le pays. Tout comme Novartis. Le groupe rhénan a toutefois décidé hier de modérer ses activités de recherche.

Début mars, Nestlé avait indiqué à AWP compter plus de 7000 employés en Russie ainsi que six usines et y avoir réalisé 1,7 milliard de francs de ventes l’an dernier, sur un chiffre d’affaires total de 87,1 milliards. Le groupe possède également trois sites en Ukraine, grenier à céréales du monde, sur lesquels 5800 employés opèrent.

Extrêmement présente sur la place publique, la polémique a d'abord semblé peu émouvoir les investisseurs, à l'exception de l'association activiste Actares, qui milite pour un actionnariat responsable. En début de semaine, celle-ci a appelé Nestlé à faire la lumière sur ses intentions. Depuis mardi, l'action est en recul. A la clôture, mercredi, le titre perdait 1,61%.

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