Nomination

Nestlé engage un cador scientifique comme responsable technologique

Stefan Catsicas rejoindra au 1er septembre la multinationale veveysanne. Le groupe semble avoir changé de stratégie dans ses recrutements

C’est une surprise complète. Aucun des trois analystes interrogés par Le Temps ne s’attendait à une telle nomination. Nestlé a fait savoir vendredi que Stefan Catsicas, actuellement recteur et vice-président exécutif de la King Abdullah University of Science & Technology en Arabie saoudite (KAUST), allait reprendre le poste de chef de la technologie (chief technology officer, CTO). Par la même occasion, il devient membre de la direction générale de la multinationale helvétique. Ce citoyen suisse, quadrilingue d’origine italienne et grecque, entrera en fonction le 1er septembre. Il succède à Werner Bauer, qui part à la retraite après avoir passé 23 ans chez Nestlé.

Stefan Catsicas n’est de loin pas un inconnu en Suisse. C’est un ancien professeur et vice-président de l’EPFL, bras droit donc de Patrick Aebischer à l’époque (2000 à 2005). Ce brillant biologiste, fin stratège et scientifique de haut niveau, avait fait entrer par la grande porte les sciences de la vie dans l’univers des sciences techniques, comme le décrivait alors «Le Temps». C’est lui aussi qui a largement contribué à la médiatisation de la collaboration fructueuse entre Alinghi et l’EPFL. A l’interne, il avait reçu le sobriquet de «ministre de la Propagande». Enfin et surtout, il a joué un rôle très important dans la restructuration ambitieuse de l’EPFL qui a doté l’institution de véritables facultés et lancé le processus d’un renforcement de la recherche fondamentale.

Innovation ouverte

Son parcours ne se limite toutefois pas à la seule EPFL. Il a débuté sa carrière avec une thèse touchant à la biologie moléculaire du système nerveux. Stefan Catsicas, né en 1958 et père de trois enfants, a poursuivi ses recherches au prestigieux Research Institute of Scripps Clinic à San Diego (Californie). Il a aussi été directeur de neurobiologie à l’Institut de biologie moléculaire de la société pharmaceutique Glaxo, à Genève. Après son départ de l’EPFL, ce chercheur émérite, un temps pressenti pour devenir le nouveau recteur de l’Université de Genève, avait cocréé Tilocor Life Science, basé au Luxembourg. Depuis 2011, il mettait ses compétences au service de la King Abdullah University, institut doté de 10 milliards de dollars et dont le campus principal s’étend sur plus de 36 kilomètres carrés sur les bords de la mer Rouge.

Pour illustrer l’un de ses champs de recherches, un groupe qu’il dirigeait en collaboration avec l’Université de Lausanne avait fait une importante découverte sur les mécanismes d’échanges de l’information entre les neurones. D’ailleurs, le directeur général de Nestlé, Paul Bulcke, lui a tressé des lauriers: «Fort de sa vaste expérience du monde académique, de l’innovation ouverte et des affaires, Stefan Catsicas possède les qualités nécessaires pour renforcer et faire progresser nos compétences R&D […], en les portant vers de nouveaux niveaux de succès.» Nestlé renforce donc encore son orientation scientifique et ses liens avec le monde académique. Fin 2012, le groupe a implanté son Institute of Health Sciences (NIHS) sur le campus de l’EPFL justement.

Révolution managériale

La surprise des analystes ne vient pas des qualités de la nouvelle recrue de Nestlé. Mais plutôt du fait que le numéro un mondial recrute à l’extérieur, que Stefan Catsicas ne vienne pas du sérail. Une tradition de promotion interne qui serait cependant en train de se perdre. «On a l’impression qu’un nouvel esprit souffle dans la politique de recrutement du groupe. Avec le départ ponctuel de l’ancienne garde, Nestlé choisit toujours plus d’hyperspécialistes externes dans les domaines recherchés. Avant, on envoyait les cadres faire leurs armes durant plusieurs années, sur différents marchés, dans différents domaines. Puis, ils étaient rappelés au siège et pas forcément dans leurs fonctions de prédilection. C’était une façon de payer ses galons», explique un analyste qui a requis l’anonymat.

Ainsi, l’actuelle directrice des finances, Wan Ling Martello, vient de chez Walmart. Elle avait remplacé Jim Singh et ses 35 ans de carrière chez Nestlé. Là aussi, les observateurs s’attendaient à une nomination interne.

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