tendance

Nestlé initie ses 330 000 salariés au coaching

L’accompagnement professionnel sur mesure fait florès. Les entraîneurs de talents sublimeraient les employés

Nestlé initie ses 333 000 salariés au coaching

Tendance L’accompagnement professionnel sur mesure fait florès

Les entraîneurs de talents murmurent à l’oreille des employés

Manager est un métier qui s’apprend. Séverine Jourdain, responsable du coaching chez Nestlé, en est convaincue. «Reste à identifier la manière dont on va équiper l’employé concerné», précise-t-elle. Le numéro un mondial de l’alimentation a lancé en juin 2009 un programme international de sensibilisation au coaching. Plusieurs milliers de salariés – Nestlé ne dispose pas de statistiques précises – en ont déjà bénéficié. Le dispositif vise, dans un premier temps, à attribuer aux «élus» du groupe vaudois les outils pour gérer plus efficacement des collaborateurs, améliorer leur communication et leur positionnement au sein des équipes, ou encore parfaire leur approche en présence d’effectifs multiculturels. Nom de code de cette initiative: «every day coaching». Aujourd’hui avec la mise en place d’une approche plus globale, l’objectif à terme, est de faire bénéficier les plus de 333 000 salariés de la multinationale d’un accompagnement professionnel.

Concrètement, le mécanisme consiste à former à l’interne des collaborateurs (indépendamment de leur niveau hiérarchique) motivés et dotés d’une certaine fibre relationnelle, pour en faire des accompagnateurs de carrière. Sous la supervision et/ou avec l’appui de coaches externes certifiés, leur rôle consistera à aider leurs collègues à évoluer dans leur parcours professionnel en leur révélant – de manière volontaire et sur une période allant de 6 à 8 mois par candidat – leurs compétences à eux-mêmes. L’approche se veut complémentaire, selon le degré d’urgence des besoins, des autres outils de formation plus traditionnels.

«Notre ambition est d’intégrer complètement le coaching dans la culture de l’entreprise», explique Séverine Jourdain. Le prix de cette opération n’est pas communiqué. «Il s’inscrit, par une réallocation de moyens, dans le budget formation des différentes équipes et unités de Nestlé», indique un porte-parole du groupe vaudois.

L’avantage du coaching par rapport au mentorat, au conseil ou à des programmes de développement sous forme de cours? «C’est une approche essentiellement individuelle et sur mesure. Elle permet de clarifier les objectifs en amenant progressivement la personne à une prise de conscience de ses ressources, pour la conduire d’un point A à un point B», schématise Nathalie Ducrot, professionnelle certifiée, auteure et représentante suisse de la Fédération internationale de coaching et organisatrice d’une manifestation dédiée à ce thème, lundi à l’Hôtel Warwick de Genève. Le but est de s’approprier durablement la mise en œuvre de ses réflexions et, par conséquent, mieux valoriser l’atteinte d’objectifs. La technique s’adresse, de préférence mais pas exclusivement, à de très hauts cadres, «esseulés dans leur charge, stressés par leurs responsabilités et qui peinent à se confier en public pour des raisons de confidentialité», explique-t-elle encore.

Rolex, le Comité international de la Croix-Rouge, les Rentes Genevoises et autres sociétés transfrontalières font régulièrement, ou ont eu par le passé, recours au coaching dans le cadre de gestion de conflits internes ou de développement de carrières. «Nous avons commencé à utiliser cette forme d’accompagnement il y a huit ans», témoigne Aline Tingström, responsable de l’organisation et du développement des talents chez Oracle. La société américaine de logiciels évolue dans un environnement «très compétitif», précise-t-elle, avant d’observer que «le coaching, même s’il est devenu la mode, est un atout pour motiver les troupes, retenir les éléments les plus prometteurs, et aux bons cadres de devenir encore meilleurs». Pour l’heure, 45 managers d’Oracle en Europe (120 000 employés dans le monde) ont bénéficié de cet outil.

Exemple d’application chez Oracle: «Une responsable expérimentée pourra mieux évoluer dans un contexte à dominante masculine, sans perdre son identité», assure Aline Tingström, pour qui l’investissement consenti est quasi systématiquement rentabilisé. Le devis pour une séance de coaching est compris entre 5000 et 8000 euros pour six mois, à raison d’une séance par mois. «C’est un prix négocié à travers notre réseau. Comparé à de la formation classique, où 10 à 20% de l’apprentissage est retenu, le coaching offre des résultats proches du 100%, en fonction du degré d’engagement du bénéficiaire», dit-elle.

Toutefois, faire appel à un coach pour surmonter un obstacle ou un changement de poste n’est pas la panacée. «Les échecs sont rares, mais ils existent. Nous avons eu le cas où, au fil des séances, ont émergé des problèmes de santé laissant présager un risque de burn-out. Il a fallu diriger la personne auprès d’un psychologue. Voilà l’une des limites de l’exercice», admet Aline Tingström. Même son de cloche du côté de Pascale Goy, responsable de la formation et du développement au CERN depuis plus de deux ans, et auparavant instigatrice d’un programme comparable au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2009. Selon elle, les tentatives d’intervention dans le processus – rupture de confidentialité avec le coach – par la hiérarchie de l’entreprise peuvent aussi conduire au fiasco. Pour l’heure, le CERN, qui dénombre 2500 employés, a enregistré cinq demandes de coaching depuis le début de l’année, date de la mise en place du programme. Côté secrétariat de l’OMC (plus de 600 personnes), après deux ans d’activation d’un dispositif comparable, une dizaine de directeurs en ont bénéficié.

«Les échecs sont rares, mais ils existent. Le concours d’un psychologue est parfois nécessaire»

Publicité