Mieux comprendre le fonctionnement du cerveau pour savoir de quels composés alimentaires essentiels il a besoin pour croître durant la petite enfance et moins vite se scléroser au 3e âge. C'est l'un des objectifs prioritaires de recherche que s'est fixés le groupe Nestlé jusqu'en 2011. Un accord de 25 millions de francs, portant sur cinq ans, a été signé hier avec l'EPFL et son institut de recherche sur le cerveau regroupant 255 scientifiques. Le géant de l'alimentation réalise un chiffre d'affaires annuel de 91 milliards de francs. 5,7% concernent l'alimentation médicale, sportive ou pour nourrissons, et 3,3% les aliments «dopés» par l'un des treize ingrédients «santé» brevetés par le groupe.

Nestlé veut découvrir et ajouter à sa panoplie quelques ingrédients stimulant l'activité cérébrale. Ils compléteront ceux déclarés aujourd'hui bénéfiques pour la résistance osseuse, la digestion ou l'élimination du cholestérol. «Cela fait vraiment plaisir de voir le monde scientifique et celui des affaires travailler en commun à un projet de recherche», s'exclame Werner Bauer, nouveau directeur de la recherche et développement de Nestlé. L'homme est à la tête de 2400 chercheurs «maison», et d'un budget annuel de 1,5 milliard de francs. Il estime gagner en efficacité en s'associant à l'EPFL. «Notre politique de recherche est basée sur la collaboration avec des dizaines d'universités et d'hôpitaux. L'institut de recherche sur le cerveau de l'EPFL est unique au monde.» Nestlé financera, pour 1 million de francs par an, la création de deux chaires à l'EPFL. Le solde, soit 4 millions, sera consacré à des projets précis et aux essais cliniques des nouvelles substances. Toute recherche débouchant sur un développement commercial sera propriété de Nestlé.

Pas un médicament

La collaboration avec une entreprise pharmaceutique, a priori aussi capable de décoder les liens complexes entre la nourriture et les fonctions cognitives, n'a pas été envisagée. «Nous ne voulions pas donner un message erroné au consommateur. Nous cherchons des solutions alimentaires, pas dans le domaine des molécules médicales», explique Werner Bauer. Le directeur de la recherche ne se prononce pas sur le potentiel commercial du partenariat avec l'EPFL. «J'ai toutefois l'espoir de voir, dans cinq ans, un démarrage à petite échelle dans l'alimentation médicale fournie dans des EMS». La conquête du marché de masse n'est pas pour demain. Confiant, Patrick Aebischer, président de l'EPFL, cite les propriétés cognitives attribuées au thé vert, aux myrtilles ou au jus de grenade. Reste à le comprendre et à le prouver.