Quel est le lien entre Nestlé, numéro un mondial de l’alimentation, et l’andrographis paniculata (ou échinacée d’Inde), cette plante utilisée depuis 2000 ans en Asie, notamment par la médecine ayurvédique et la médecine traditionnelle chinoise? A priori, aucun. Pourtant, le groupe veveysan lorgne du côté de ce type de remèdes. Mercredi, la multinationale a ainsi annoncé la création d’une coentreprise – à parité – avec le groupe pharmaceutique chinois Chi-Med, sous le nom de Nutrition Science Partners Limited (NSP). Elle sera chargée de rechercher, développer et commercialiser de nouveaux produits nutritionnels et médicinaux à base de plantes, indique Nestlé mercredi dans un communiqué, sans préciser les implications financières de l’opération.

Chi-Med, via sa filiale Hutchison MediPharma Limited, est déjà bien avancée dans la recherche et le développement d’un premier produit à base de plantes, destiné à traiter les maladies inflammatoires légères à modérées de l’intestin, dont la maladie de Crohn. Et son composant de base est justement tiré de l’andrographis paniculata. Ce médicament (sous le nom de code HMPL-004) devrait entrer dans une nouvelle phase d’essais clinique (III et IV) aux Etats-Unis, prévue pour le début de 2013.

Pour Nestlé, il s’agit de développer et accélérer ce nouveau domaine, quelque part au croisement de l’industrie alimentaire et de l’industrie pharmaceutique. La coentreprise, mise en place via Nestlé Health Science, filiale à 100% du groupe de Vevey, se concentrera sur la santé gastro-intestinale et entend se développer dans les maladies du métabolisme et neurologiques.

Pour la banque Vontobel, l’impact financier de cette opération pour Nestlé est très marginal. Le groupe donne, néanmoins, un signal très clair dans ses intentions de s’orienter toujours davantage vers la frontière entre alimentation et pharma. NHS est perçu comme un investissement à très long terme pour Vontobel.

Cette coopération permet aussi au groupe dirigé par Paul Bulcke d’accéder à une banque de données de la médecine traditionnelle chinoise, comprenant 50 000 extraits provenant de plus de 1200 plantes. Chi-Med affirme avoir consacré plus d’une décennie à cataloguer les produits de cette médecine et déclare «avoir réussi à les éclater sous forme moléculaire».

Lors d’une conférence pour analystes, Luis Cantarell, directeur général de Nestlé Health Science, n’a donné aucun objectif chiffré, ni détaillé les ambitions du groupe sur ce segment inédit pour la multinationale. Christian Hogg, patron de Chi-Med, cotée sur le segment alternatif du London Stock Exchange depuis mai 2006, s’est montré un peu plus disert. Selon lui, les produits destinés à lutter contre les maladies inflammatoires de l’intestin représentent un marché de 5 à 6 milliards de dollars par an sur le plan mondial. Et d’ajouter qu’en Chine, les produits à base de plantes représentent «entre 30% et 40% de toutes les ventes pharmaceutiques». Chi-Med a conclu, l’an dernier, un accord avec AstraZeneca pour développer un anticancéreux expérimental.

Les maladies inflammatoires de l’intestin représentent un marché de 5 à 6 milliards de dollars