Nestlé, le leader mondial des produits alimentaires, a annoncé mardi l'achat de Chef America par sa succursale américaine Nestlé Holdings pour un montant de 2,6 milliards de dollars.

Fondée en 1977, et entièrement en mains privées, Chef America est le cinquième producteur de plats préparés surgelés aux Etats-Unis. Dans ce secteur à très forte croissance, l'entreprise de Denver s'est spécialisée dans les sandwiches fourrés surgelés. Ses produits phares portent des noms aussi appétissants que Hot Pocket, Pizza Minis ou Lean Pocket, la version allégée de leur best-seller. Les Américains sont friands de ces petits «snacks» que l'on réchauffe au micro-ondes et qui connaissent une popularité grandissante. Selon Nestlé, «ils répondent aux changements des habitudes alimentaires des consommateurs qui plébiscitent la nourriture que l'on peut manger «en route» et de manière plus fréquente». Il semble en effet que les Américains soient de plus en plus nombreux à se sustenter dans leur véhicule.

Les chiffres confirment cette nouvelle tendance puisque la croissance des ventes de Chef America fut de plus de 10% par an de 1996 à 2001. Les prévisions pour 2002 font état de ventes pour 720 millions de dollars, soit une hausse de 15%. Sur l'ensemble de la même période, les ventes du géant suisse progressaient de 40% pour s'établir à 84,7 milliards de francs, les produits surgelés générant quant à eux 7,57 milliards de francs.

«C'est un très bon complément dans le portefeuille de Nestlé», pense Frédéric Bersier, analyste chez Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. «La stratégie de Nestlé est de se concentrer sur des activités à forte croissance. En ce sens, Chef America est le candidat idéal puisqu'il amène une croissance à deux chiffres.» Parfait pour atteindre l'objectif global de 4% visé par la multinationale veveysanne.

Certains analystes estiment toutefois que cette croissance est payée au prix fort. «Mais le prix est tout à fait correct, si l'on tient compte des abattements fiscaux dont bénéficiera le groupe en reprenant la dette de Chef America, ramenant ainsi le prix net à 2 milliards de dollars», estime l'analyste de LODH. Avec des ratios de 2,8 fois les ventes et 10,1 fois le bénéfice opérationnel (EBITDA), on se situe dans le haut de la fourchette de valorisation, sans que le prix n'en soit prohibitif pour autant. A titre d'exemple, on articule un ratio de 13 fois le bénéfice opérationnel pour l'achat de Hershey, le géant américain du chocolat, qui cherche actuellement repreneur.

Reste le problème de l'endettement de Nestlé. Pour l'heure, c'est l'une des seules entreprises européennes auxquelles l'agence Standard & Poor's attribue la notation de crédit maximale de AAA. Certains estiment que depuis le rachat de Ralston Purina, le leader américain de l'alimentation canine pour 11,2 milliards de dollars en décembre 2001, Nestlé aurait dû perdre son triple A. Or depuis cette date, elle a fait l'acquisition de 11 sociétés, dont 6 aux Etats-Unis. L'agence de notation a toutefois confirmé aujourd'hui le triple A de Nestlé.

Peter Brabeck, CEO de Nestlé, estime que «Chef America représente un complément stratégique important à nos activités dans les produits surgelés aux Etats-Unis». On peut toutefois penser que cet achat réduit les chances de reprise de Hershey, une acquisition potentielle estimée à 12 milliards de dollars. Si celui-ci était vendu à un acquéreur tiers, Nestlé récupérerait les droits de sa marque Kit Kat qu'elle avait cédés sous licence au géant américain. Et ceci, sans bourse délier. C'est la perspective qui semble actuellement la plus probable compte tenu de son niveau d'endettement.