Nestlé poursuit sa cure. Mercredi, le géant alimentaire vaudois a annoncé la création de Froneri. Cette coentreprise, créée avec la société britannique R&R, combinera les activités de glaces de Nestlé et de R&R en Europe, au Moyen-Orient, en Australie, en Argentine et au Brésil entre autres. Elle inclura également les produits surgelés de Nestlé en Europe, avec quelques exceptions, notamment en Italie.

La transaction reste soumise à la consultation des employés et à l’approbation des autorités réglementaires. Mais d’ores et déjà, Nestlé estime dans un communiqué que les ventes de Froneri atteindront 2,7 milliards de francs. La société comptera 15 000 employés et sera présente dans une vingtaine de pays. Son président sera Luis Cantarell, responsable de la région EMEA pour Nestlé, tandis que son directeur général sera Ibrahim Najafi, l’actuel patron de R&R.

Des marges faibles

Si les détails de l’opération n’ont pas été dévoilés, cette transaction s’inscrit dans la droite ligne de la stratégie de Nestlé de se concentrer sur la nutrition, la santé et le bien-être. Elle fait suite à d’autres opérations de restructuration dans le domaine des surgelés – Davigel, Cocinera, etc.

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«C’est logique pour plusieurs raisons», appuie Jean-Philippe Bertschy. D’abord, développe l’analyste de Vontobel, Nestlé n’est pas un champion en matière de glaces. En Europe, le groupe, avec ses 11% de parts de marché, est nettement devancé par Unilever et ses 36% de parts de marché. Les marges de ces activités sont, qui plus est, plutôt faibles, de l’ordre de 5%, d’après lui.

Ensuite, et c’est le point le plus important, «ce créneau des glaces et surgelés n’a plus vraiment de pertinence pour Nestlé et son orientation vers les produits sains, poursuit Jean-Philippe Bertschy. Le groupe doit choisir ses batailles, il ne peut pas être partout et doit se concentrer sur ses points forts.» Et l’analyste de rappeler les récentes erreurs de casting, avec les marques Jenny Craig ou Power Bar.

Au cours des quatre dernières années, Nestlé a lancé pas moins de 25 opérations de désinvestissement. Cette fois-ci, Nestlé a pris l’option de la sortie progressive. Ce n’est pas une première, puisqu’il a déjà fondé une coentreprise avec Lactalis pour les yaourts, par exemple. Par ailleurs, «la décision de placer les produits surgelés dans une société commune suggère que Nestlé ne souhaite pas perdre le bénéfice d’échelle, lors des négociations avec la distribution», analyse Giulio Lombardi, de Fitch Ratings, cité par «Le Monde».

Le même propriétaire que B&B Hotels

Selon Jean-Philippe Bertschy, il est toutefois envisageable que le groupe vaudois finisse par vendre sa part à R&R, ou par organiser une IPO (entrée en bourse) de Froneri. Quoi qu’il en soit, Nestlé partage ses glaces avec un partenaire de longue date. R&R, qui compte 11 sites de production, fabrique sous licence les glaces de Nestlé – et de Disney ou Mondelez – depuis quatorze ans. Depuis 2013, R&R appartient au grand fonds d’investissement parisien, PAI Partners. Ce dernier est par exemple propriétaire de B&B Hotels. Il a aussi acquis Swissport en 2011 avant de céder l’entreprise suisse de services aéroportuaires en 2014, deux fois plus cher qu’il ne l’avait acheté.

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