JUSTICE

Nestlé Pure Life surexploite-t-elle des sources d'eau au Brésil? Une enquête est ouverte

La filiale de la multinationale suisse nie les accusations portées contre elle par le mouvement «Citoyens des eaux». Celui-ci craint un assèchement des sources, ce qui serait fatal pour l'économie de toute la région connue comme le «Circuit des eaux».

«Discrète en bouche, quelques notes d'agrumes en fin de bouche.» C'est ainsi que la société Nestlé Pure Life décrit son eau minérale vendue sous la marque São Lorenço et mise en bouteilles dans la petite ville du même nom, dans l'Etat de Minas Gerais, au nord-est du Brésil. Elle commercialise une deuxième eau de table, «Pure Life», puisée d'une source dans la même localité.

Mais tout ne se passe pas bien pour cette filiale de la multinationale suisse. Une enquête judiciaire est ouverte pour déterminer si elle a violé la loi sur l'exploitation commerciale de l'eau minérale naturelle. Selon une information relayée par le groupe de pression suisse Déclaration de Berne, Nestlé Pure Life traiterait chimiquement cette eau naturelle, lui enlevant le fer et d'autres minéraux, ce qui serait illégal au Brésil. Ensuite, elle surexploiterait l'une des sources après avoir foré un puits et en construisant des installations dans le Parc des Eaux à São Lorenço, sans autorisation.

A Vevey, siège du groupe Nestlé, les responsables déclarent faire confiance à la justice brésilienne qui tranchera en dernier lieu. Mais pour le porte-parole Marcel Rubin, il y a confusion: «Nous exploitons deux sources dans le Parc des eaux à São Lorenço, dont l'eau de l'une des deux est visiblement trouble. Elle contient trop de fer et a un goût désagréable. C'est pourquoi elle est traitée et vendue en bouteilles en tant que telle et non pas comme eau minérale naturelle.» Pour ce qui est de surexploiter et d'assécher l'une des sources, Marcel Rubin explique que Nestlé Pure Life ne pourrait être tenue pour responsable. Nestlé est autorisée à exploiter 30 000 litres d'eau par jour pour les deux marques.

Les habitants alarmés

Numéro un des multinationales de l'industrie alimentaire, le groupe suisse ne cesse d'augmenter sa part de marché mondial des eaux en pleine croissance. Il en occuperait près de 17%, devant le groupe français Danone qui détient presque 14%. Nestlé a déjà racheté des géants comme Perrier, Vittel, San Pellegrino. Au début de l'année, elle s'est offert une société russe ainsi qu'une société de Hongkong.

Nestlé est arrivée à São Lorenço après avoir acheté le groupe Perrier-Vittel, lui-même implanté dans le Parc des eaux depuis le début du siècle. Cette ville fait partie d'un ensemble régional connu comme le Circuito de Aguas, et est considérée comme une merveille géologique la plus riche en eaux minérales au monde.

L'alerte contre Nestlé Pure Life a été donnée en 1999 par les habitants de San Lorenço, qui ont remarqué que leur eau minérale perdait son goût spécifique et qu'une des sources s'était tarie. Selon eux, la cause ne pouvait être que la surexploitation. De plus en plus de camions de la société faisaient le va-et-vient dans la ville. Les habitants ont surtout eu peur d'un assèchement généralisé, ce qui aurait mis toute l'économie de la région (tourisme et centres thermaux médicalisés) en péril. Ils ont alors fondé un mouvement «Citoyens des eaux», conduit leur propre enquête et transmis les résultats au Ministère public régional. Aujourd'hui, l'enquête est menée à un échelon supérieur, c'est-à-dire par le Ministère fédéral de la justice.

Le mouvement brésilien «Citoyens des eaux» regrette que ses plaintes auprès des autorités locales et régionales n'aient donné aucun résultat à ce jour. Il craint que le gouvernement ne privatise le Circuito de Aguas au profit des multinationales des eaux. C'est pourquoi il a initié une campagne internationale, notamment par le biais de jumelage entre villes d'eau, en vue de contrer la logique commerciale de cette ressource naturelle. En Suisse, Lara Cataldi, porte-parole de la Déclaration de Berne, déclare que son organisation soutient les revendications des «Citoyens des eaux». Le mouvement espère que la solidarité internationale permettra de créer un Centre international de l'eau ainsi qu'une université libre de l'environnement et de l'eau à São Lorenço.

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