Encadrer les reproches, limiter les dégâts. La stratégie de communication de la direction générale de Nestlé lors de la présentation des résultats annuels 2015 jeudi matin n'étaient dictés que par un seul souci : contenir. «Nous avons généré une croissance profitable dans la fourchette supérieure de l'industrie dans un environnement difficile», a insisté Paul Bulcke, directeur général du géant veveysan.

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A raison. Avec une chute de 35% du résultat net et des objectifs de croissance du chiffre d'affaires manqués pour la troisième année de suite, le marché n'a pas du tout apprécié. L'action a plongé de près de 3,7%, dans un marché suisse en légère baisse. Néanmoins, certains analystes font la part des choses: «2015 aura été un exercice de transition qui ne remet pas en cause les qualités intrinsèques du groupe», écrit Christophe Laborde, de la banque Bordier.

Paul Bulcke et son nouveau directeur financier François-Xavier Roger n'ont pourtant pas été chiches en efforts afin de souligner tous les travaux entrepris pour «surmonter l'environnement difficile», comme l'a souligné le second. Les investissements ont ainsi été poursuivis suivant une «discipline de fer  étant maintenus à 4,4% du chiffre d'affaires (contre 4,3% l'exercice précédent).

Le groupe a déjà rendu 13,4 milliards de francs aux actionnaires

Le portefeuille de marques fait l'objet d'une «gestion en continu, pas pour s'en débarrasser, même si certaines ne réalisent pas les résultats attendus», ainsi que l'a précisé le directeur général. Aussi, ont rappelé les deux dirigeants, les fonds de roulement ont été réduits de presque moitié en quatre ans à 4,7 % du chiffre d'affaires et le cash-flow libre s'est accru de 20 points de base à 11,1 % du volume des ventes. Après avoir rappelé que le groupe a déjà rendu 13,4 milliards de francs aux actionnaires par des rachats d'actions, le groupe propose un relèvement du dividende de 5 centimes à 2,25 francs par titre.

Le groupe visait pour 2015 une croissance organique (sans les acquisitions) de 5 % de son chiffre d'affaires. Les analystes s'attendaient, en moyenne, à une progression de 4,2 %, et espéraient un résultat net de 9,88 milliards de francs. Si la croissance organique s'est révélée conforme à la moyenne des attentes, le chiffre d'affaires est légèrement inférieur pour atteindre 88,8 milliards de francs. Il accuse néanmoins une baisse de 3 % par rapport à celui de l'année précédente.

Des problèmes en Inde

Aux origines de cette contre-performance, plusieurs facteurs. Des éléments propres au groupe, à commencer par l'interdiction de la vente de nouilles Maggi en Inde, un marché important, suite à des suspicions de non-conformité sanitaire. Mais la plupart des conditions adverses sont d'origine conjoncturelle: la déflation en Europe, qui a limité le pouvoir d'ajustement des prix à la hausse et la baisse de la croissance des pays émergents, à commencer par la Chine, ainsi que la récession dans deux marchés importants, la Russie et le Brésil.

Nestlé a toutefois enregistré quelques succès dans la zone Amériques, où la croissance organique du chiffre d'affaires a été la plus élevée et où la capacité à élever les prix des produits s'est avérée la plus forte. Ceci grâce à la reprise de la conjoncture aux Etats-Unis. En toutes régions, la marque Nespresso s'est fort bien défendue.

Néanmoins, les difficultés rencontrées par le groupe ne vont pas s'aplanir avec l'exercice en cours, a prévenu Paul Bulcke. «Nous serons confrontés aux mêmes défis en 2016 qu'en 2015. Plus que jamais, nous devons faire preuve de discipline dans nos investissements», a ajouté le directeur général. Néanmoins, le groupe maintient sa prévision de croissance à 5 % tout en précisant que ce niveau représente «un objectif à long terme».

Le défi de la relève

Le groupe devra néanmoins relever un dernier défi, celui de la relève au niveau de la direction générale. Cet automne, le nom du successeur de Paul Bulcke devrait être connu, le grand patron étant pressenti pour succéder à Peter Brabeck, dont le mandat de président s'achève l'an prochain.

Parmi les papables – notamment Laurent Freixe, chef de la zone Amériques et Chris Johnson, patron de Nestlé Business Excellence –, l'Américano-Chinoise Wan Ling Martello, directrice de la région Asie-Pacifique et ancienne directrice des finances, semble prendre l'avantage. Elle est la seule membre de la direction du groupe à avoir été invitée par Paul Bulcke à s'exprimer face aux analystes et à la presse lors de la présentation des résultats de jeudi matin.