Roland Decorvet, l’ancien directeur de Nestlé Suisse, de retour en Chine depuis un peu plus d’une année, a accueilli mardi une partie de la délégation qui accompagne Johann Schneider-Amman cette semaine.

Pendant que le chef du Département fédéral de l’économie (DFE) rencontrait les ministres chinois des Sciences et des technologies et de la protection de l’environnement, une douzaine d’entrepreneurs suisses se sont rendus au centre de recherche et développement (R&D) du géant alimentaire, dans la lointaine banlieue de Pékin.

Roland Decorvet leur a promulgué quelques conseils, lui qui en est à sa quatorzième année dans le pays. «Ne croyez surtout pas que vos produits occidentaux conviennent aux Chinois», a-t-il martelé. Dans les faits, depuis son arrivée à la tête de Nestlé Chine, le groupe a réalisé deux acquisitions d’importance: Hsu Fu Chi et Yinlu. «Il ne s’agit pas forcément de restructurer ces entreprises, mais plutôt d’acquérir leurs connaissances du marché et leurs produits», a-t-il expliqué en substance, avant d’inviter son auditoire à goûter les produits désormais phares de sa gamme locale.

Les normes sont strictes

Le lait de cacahuètes a fait sensation. «Un Suisse n’aurait jamais eu cette idée tout seul, non?» interroge Roland Decorvet. Le «congee», sorte de bouillie, ou de porridge, de riz est sucré et agrémenté de flageolets. Il a provoqué autant de grimaces que de questions. «Quand les Chinois en mangent-ils?» Le matin, au petit déjeuner, ou n’importe quand, dans les transports publics, par exemple. Ce n’est pas cher: 2,50 yuans (40 centimes environ) et c’est très sain, assurent les responsables locaux du groupe.

Roland Decorvet a aussi donné d’autres conseils: «La sécurité alimentaire est à prendre très au sérieux. C’est la grande priorité des autorités. Les normes sont plus strictes que les américaines ou les européennes», assure-t-il, en référence au scandale du lait contaminé à la mélamine à l’issue duquel trois personnes ont été condamnées à mort. Ou encore: «Prenez garde à votre réputation. Il y a 300 millions de microblogs en Chine. Et les gens ne s’y privent pas de critiquer les entreprises qu’ils jugent fautives.»

Sinon, le responsable explique encore que lors d’une joint-venture – la législation chinoise oblige une société étrangère à s’associer à une entité locale –, «il faut prendre en charge la gestion des finances et le contrôle de la qualité. Pour le reste, vous pouvez être tranquilles».

En 2012, Nestlé Chine vise un chiffre d’affaires de 5,3 milliards de francs, soit plus du double de 2011. Ce qui ferait de lui le troisième acteur du marché local. «Soyez forts, mais pas trop visibles, donc pas numéro un», lance sérieusement Roland Decorvet. D’ailleurs, à part les incontournables marques estampillées Nestlé que sont Nespresso, Nescafé ou Dolce Gusto, les étiquettes des produits chinois du groupe ne mentionnent pas à qui ceux-ci appartiennent. «Quelle légitimité avons-nous pour proposer ce genre de choses aux Chinois?» conclut le responsable, avant de convier la délégation à visiter le centre R&D.