Solide comme un pic ou un roc. Malgré le stratosphérique renchérissement des prix des matières premières (sucre, blé, cacao, café, etc.), Nestlé a maintenu le cap l’an passé, celui de la croissance. Le paquebot veveysan a même fait mieux que les attentes des analystes. Vers 15h30, l’action Nestlé gagnait 1% à 53 francs.

Le numéro un mondial de l’alimentation a ainsi réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de 109,7 milliards de francs, a-t-il indiqué jeudi dans un communiqué en lever de rideau à sa conférence de presse de bilan. Dans le détail, la performance du numéro un mondial de l’alimentation présente une croissance organique de 6,2% et une croissance interne réelle de 4,6%.

Hors l’élément exceptionnel de la vente d’Alcon à Novartis, la croissance organique se hisse à 6,0%, composée d’une croissance interne réelle (RIG) de 4,4% et d’adaptations de prix de 1,6%. En d’autres termes, Nestlé est susceptible de faire partiellement porter à ses clients les hausses des matières premières, sans que ses ventes s’en ressentent.

Les analystes pensaient toutefois que ce transfert serait supérieur, puisqu’il s’était établi à 2,3% l’année précédente. Ce qui démontre que la marge de manœuvre de Nestlé reste intacte. Sur le chiffre d’affaires du groupe, l’impact des devises est de -3,8%, celui des investissements/désinvestissements de +1,8%.

Bénéfice triplé

Au niveau de la rentabilité, le géant suisse a réalisé un bénéfice net extraordinaire de 34,2 milliards de francs l’an passé, contre 10,4 milliards en 2009. Le bond s’explique par l’encaissement d’un produit unique résultant de la vente de la participation restante dans Alcon, pour 24,5 milliards.

Hors cet élément exceptionnel, le bénéfice net de la multinationale veveysanne ressort donc en baisse à 9,7 milliards de francs. Les 24,5 milliards proviennent du bouclement de l’opération impliquant la cession de la participation majoritaire dans le fabricant de produits ophtalmologiques Alcon au groupe pharmaceutique bâlois Novartis.

Important trésor de guerre Vontobel a salué la solidité de ces résultats, surpris en bien notamment en raison de la forte accélération des ventes au quatrième trimestre 2010. La banque a toutefois fait part de sa déception puisque l’entreprise n’a annoncé aucun nouveau programme de rachat d’actions en raison du très confortable trésor de guerre en cash dont il dispose. Nestlé serait-il dès lors en train de préparer une transaction de taille? Rien n’a filtré à ce propos. La bourse a bien accueilli ces chiffres jeudi: vers 9h30, l’action gagnait 1,8% à 53,40 francs, signant la meilleure performance de l’indice SMI.

«Notre performance a été emmenée par des investissements continus dans nos piliers de croissance, conformément à notre feuille de route stratégique», a indiqué Paul Bulcke, patron du groupe, cité dans un communiqué. Nestlé a ainsi poursuivi ses efforts en matière opérationnelle avec pour résultat des améliorations en matière d’efficience. Ces mesures ont notamment permis d’accroître la marge opérationnelle du leader mondial, passant d’une année sur l’autre de 14,6 à 14,8%.

L’eau sous-performe

Si toutes les divisions et régions géographiques ont contribué à l’amélioration des comptes, la déception réside au niveau du pôle Waters (eaux), qui affiche des taux de croissance nettement inférieurs à la moyenne du groupe. Un constat qui peut également être fait au niveau de la rentabilité de cette division, deux fois inférieure au groupe et même trois fois par rapport aux secteurs les plus efficients.

Pour les perspectives 2011, Nestlé a comme toujours brandi son fameux modèle. C’est-à-dire qu’il table une fois de plus sur une croissance organique située entre 5 et 6% et une amélioration de la marge EBIT à taux de change constants. Tout en ajoutant que le groupe s’estime «bien placé pour faire face aux futures incertitudes», dont la volatilité du prix des matières premières.

Par ailleurs et fort de son bénéfice extraordinaire, le groupe propose au titre de l’exercice écoulé le versement d’un dividende augmenté de 15,6% à 1,85 franc par action. La manne doit aussi servir à terminer le programme de rachat d’actions en cours portant sur 10 milliards, après le bouclement en juin 2010 du précédent d’un montant de 25 milliards.