«Sur des sujets comme les accords de libre-échange, nous souhaitons communiquer plus franchement et faire comprendre quels sont les enjeux pour notre branche.» Roland Decorvet, directeur de Nestlé Suisse depuis le début de l'année, sort du silence dont aime à s'entourer la multinationale veveysanne.

Vendredi, au Forum économique du Nord vaudois à Yverdon, Roland Decorvet tenait conférence, devant un parterre de 500 entrepreneurs vaudois, sur le thème du développement régional. L'occasion de rappeler que le géant de l'agroalimentaire, qui exploite sept usines en Suisse, tient à l'ancrage traditionnel de sa production dans le pays.

Déroulant l'historique des sites d'Orbe, de Konolfingen et de Broc, qui produisent respectivement du café, du lait en poudre et du chocolat, Roland Decorvet a insisté sur l'importance des partenariats public-privé dans le développement du tissu économique suisse. Et manifesté le souhait de se faire d'avantage entendre: «La politique régionale de la Suisse doit plus impliquer les acteurs économiques, dont il est trop peu question dans les textes légaux», a-t-il déclaré dans son discours.

La nouvelle figure de Nestlé en Suisse en a profité pour revenir sur l'importance des accords de libre-échange avec l'Union européenne pour la survie de ses activités dans son pays d'origine. «Nous exportons deux tiers de notre production. Nous devons pouvoir rester compétitifs.» Or, le prix des matières premières en Suisse reste près de deux fois celui des marchés mondiaux. Actuellement, 60% des achats de Nestlé Suisse proviennent de l'agriculture indigène.

Depuis les années 1970, la multinationale bénéficie, comme tous les exportateurs de la branche, de la «Schoggigesetz», un mécanisme qui permet de compenser la cherté des matières premières suisses. Mais il sera aboli en 2013.

Accompagner l'ouverture

D'où l'importance pour Nestlé Suisse de voir disparaître les barrières douanières sur l'importation des matières agricoles. «Pour pouvoir continuer à promouvoir le label suisse, nous souhaitons pouvoir continuer à valoriser les produits laitiers suisses, comme dans le chocolat Cailler ou les glaces Mövenpick. La qualité des produits permet de justifier un prix de vente plus élevé.»

Pour l'agriculture suisse, Roland Decorvet plaide en faveur de mesures d'accompagnement, qui permettraient d'amortir le choc de l'ouverture des marchés. «Il n'est pas dans notre intérêt que la paysannerie suisse se trouve dévastée par une ouverture trop rapide des frontières.»

Maintenir sa production en Suisse, une volonté que Roland Decorvet affirme parfois même à rebours d'importants potentiels d'économies. A Bâle, l'usine Thomy souffre de certaines surcapacités et un regroupement de la production en Allemagne coûterait bien moins cher. «Pour moi, c'est hors de question. Thomy est notre meilleure marque en Suisse. Nous trouverons une solution pour accroître les volumes.»