L’idylle entre Nestlé et Givaudan aura duré un peu plus d’une décennie. Le numéro un mondial de l’alimentation a annoncé vendredi avoir initié la cession du paquet d’actions qu’il détenait depuis 2002 dans le fabricant genevois d’arômes.

Nestlé avait acquis ces titres dans le cadre de la vente à Givaudan de son secteur des arômes, appelé Food Ingredients Specialities (FIS), pour un montant de 750 millions de francs. Lequel lui avait alors été payé en partie en actions et en cash. Onze ans après, le montant total de revente de cette participation, qui se fera dans le cadre d’une procédure accélérée menée par la banque Goldman Sachs, pourrait selon les analystes avoisiner une fourchette de 1,14 à 1,236 milliard de francs.

Cette transaction est inédite à plusieurs titres. D’abord il est exceptionnel qu’un groupe suisse possède une participation de cette taille dans une autre entité helvétique d’importance. Il est ensuite très rare qu’un tel volume d’actions d’une entreprise majeure, cotée sur l’indice des valeurs vedettes – le SMI –, arrive sur le marché d’un seul tenant. L’opération annoncée semble enfin démontrer que Nestlé accélère son processus de désinvestissement de filiales ou de participations non stratégiques. Début novembre, une partie des activités de l’entreprise Jenny Craig – une marque spécialisée dans la diététique – avait déjà été cédée par le groupe vaudois à un fonds d’investissement américain, pour un montant non communiqué.

Selon Jean-Philippe Bertschy, analyste chez Vontobel, la vente de la participation dans Givaudan n’aura qu’un impact minimal sur Nestlé mais constitue cependant un signal positif. Le groupe veveysan, sous l’impulsion de sa dynamique directrice des finances, Wan Ling Martello, renforce ainsi la stratégie d’amélioration de son bilan. «Suite à la cession de Jenny Craig, Nestlé est en train de confirmer son intention d’allouer son capital de manière plus efficiente», commente l’analyste de Vontobel.

Plusieurs questions se posent néanmoins. Primo, celle du timing. Nestlé parle de «moment opportun» pour céder les titres et souligne avoir été «très satisfait de sa participation». Et pour cause. Depuis la mi-janvier 2002, les titres de Givaudan ont connu une progression de 220% (contre 80% pour le SPI, l’indice boursier suisse élargi). Nestlé devrait donc au passage engranger un bénéfice exceptionnel de l’ordre de 600 millions de francs, estiment les analystes. En effet, en 2002, le paquet d’actions Givaudan valait environ 500 millions de francs. La porte-parole de la firme n’a pas souhaité faire de commentaire, pas plus que le service de presse de Nestlé. Une chose est toutefois assurée à ce stade: le géant vaudois demeurera l’un des plus gros clients de Givaudan.

Deuzio: que fera le groupe de cette manne? Andreas von Arx, analyste chez Helvea, est d’avis qu’elle servira à la réduction de l’endettement de la multinationale. Avec un impact limité puisque celui-ci se montait à fin 2012 à 18,1 milliards de francs, selon le rapport de gestion.

Tertio, les analystes s’interrogent désormais sur la prochaine cession de Nestlé. S’agira-t-il d’une filiale dont le rendement ne satisfait pas ou une participation qui ne correspond plus à l’orientation du groupe? Sera-ce le tour de CPW, Galderma, DPA Chilled & Liquids ou BPW, entreprises dans lesquelles le producteur de Nespresso, Nescafé ou Kitkat possède 50% des parts? L’avenir le dira très vite, estiment les experts interrogés.

La cession des titres détenus dans Givaudan relance enfin le feuilleton des spéculations liées au paquet d’actions (29,5% du capital) que la multinationale détient dans le groupe français de cosmétiques L’Oréal. Le marché semblait donner du crédit à l’hypothèse d’une vente des titres l’an prochain, l’action Nestlé ayant bondi hier.

La revente des titres Givaudan montre-t-elle que tout s’accélère? Les analystes peinent à trancher. Pour Patrick Hasenböhler, de la banque J. Safra Sarasin, rien dans ce désinvestissement ne permet de préjuger d’une éventuelle décision dans le dossier L’Oréal. Jean-Philippe Bertschy, de Vontobel, n’y voit pas davantage de signaux. Andreas von Arx, d’Helvea, est lui moins catégorique: «Les investisseurs pourraient maintenant percevoir une vente de L’Oréal comme davantage probable», explique-t-il.

A plusieurs reprises cette année, de même qu’auparavant, Nestlé a affirmé que toutes les options restaient ouvertes concernant l’avenir de cette participation. Cet été, le président du groupe, Peter Brabeck, a cependant précisé – et ce pour la première fois – que la clause de préemption liant Nestlé aux Bettencourt ne serait pas prolongée. Le groupe helvétique est lié à la famille Bettencourt par un pacte d’actionnaires comportant un droit de préemption sur leurs participations respectives, qui arrive à échéance le 29 avril 2014. Ce qui n’a pas manqué d’enflammer, ces derniers mois, les analystes et le marché.

Nestlé accélère ses désinvestissements de filiales ou de participations non stratégiques