Nestlé et Novartis se sont entendus pour faire du premier jour ouvrable de l’année celui de l’une des plus grosses acquisitions de l’histoire financière suisse. Le géant pharmaceutique bâlois rachète au groupe veveysan sa filiale américaine Alcon, spécialisée dans les produits ophtalmiques, dans une transaction totalisant 38,5 milliards de dollars (38,8 milliards de francs).

Nestlé encaissera 28,1 milliards de dollars dans l’opération (28,7 milliards de francs). De ce montant, il annonce la redistribution de 10 milliards de francs à ses actionnaires dans un programme de rachat d’actions d’une durée de deux ans qui sera lancé dans le courant de l’année. Le groupe achève un précédent programme de rachat portant sur un total de 25 milliards de francs.

Nestlé ne dit rien de l’emploi qu’il fera des 18,7 milliards de francs restants et encore moins des 40 milliards de francs que totaliseront ses liquidités lorsque la transaction sera bouclée. Ce silence relance les spéculations des analystes quant à une probable acquisition de grande ampleur. La Banque cantonale de Zurich anticipe «de nouvelles acquisitions dans le segment de la nutrition».

La cible possible citée par les analystes, Cadbury, fait l’objet d’une offre de 10,1 milliards de livres sterling (16,77 milliards de francs) lancée en septembre dernier par l’américain Kraft Foods. Face à l’opposition du géant britannique, l’acquéreur envisage de relever son offre de 8% au moins, selon le Financial Times, portant le prix à 18,11 milliards de francs.

Budget de trois milliards

Plutôt que de chercher à racheter l’entier du britannique, qui se heurterait aux autorités de la concurrence, Nestlé préférerait profiter d’une possible offre concurrente que pourrait lancer l’américain Hershey, selon les analystes de l’agence de notation financière Creditsight.

Une telle transaction, à laquelle le groupe américain reconnaît s’intéresser, permettrait à Nestlé de récupérer les droits de licence sur certains produits aux Etats-Unis, selon la Banque Sarasin. Les barres Kitkat seraient concernées.

Nestlé pourrait aussi se préparer à augmenter sa participation dans L’Oréal, dont il détient 28,22% du capital depuis 1977, selon Claudia Lenz, analyste à la banque Vontobel. Le groupe parisien pèse aujourd’hui 47,5 milliards d’euros en bourse. Au cours du jour, la multinationale veveysanne devrait débourser 54,3 milliards de francs pour acquérir la part du capital qu’il n’a pas encore.

Interrogé par les agences de presse financières sur ses intentions, Nestlé se contente d’affirmer que son budget prévu pour des acquisitions se monte à 3 milliards de francs. Cette somme avait néanmoins été relevée en octobre dernier d’un milliard.

Le lancement de son programme de rachat d’actions de 10 milliards de francs freine les rumeurs. «Je ne pense pas qu’ils préparent une acquisition», analyse Jon Cox, de Kepler Capital Markets sur Bloomberg. «Mais cela ne ralentira pas les spéculations du marché», ajoute-t-il. «Nestlé ne paraît pas trop pressé de se lancer dans de grosses acquisitions», ajoute Olaf Toelke, de Standard & Poor’s à la même agence.

Les rumeurs sur Cadbury avaient été lancées dès le 7 septembre, lors de l’annonce de l’offre de Kraft. Celles concernant L’Oréal, beaucoup plus anciennes, avaient été relancées en avril 2008 lorsque Nestlé a cédé à Novartis un premier paquet de 24,8% du capital d’Alcon. La transaction incluait aussi des options pour les 52% restant aux mains de Nestlé.

Alcon, qui réalise un chiffre d’affaires de 6,3 milliards de dollars, constituera l’essentiel du pôle ophtalmique de Novartis. Le géant bâlois offre à Nestlé un prix plus élevé – 180 dollars par titre – qu’aux actionnaires minoritaires, qui se voient proposer un échange d’actions valorisant leurs titres à 143 dollars. Les trois administrateurs indépendants d’Alcon ont manifesté par communiqué leur étonnement face à cette différence de prix.