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Nestlé veut mondialiser Starbucks

Le groupe de Vevey va dépenser plus de 7 milliards de francs pour commercialiser les produits de l’autre géant du café. Sa priorité: installer Starbucks dans les magasins et les restaurants d’Europe et d’Asie, comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis

Avec son légendaire café soluble Nescafé, puis ses capsules pionnières Nespresso, Nestlé paraissait déjà incontournable dans le monde du petit noir. Il va désormais devenir inévitable.

Lundi, le groupe de Vevey a annoncé avoir investi 7,15 milliards de dollars (7,1 milliards de francs) pour acheter les «droits perpétuels sur la commercialisation des produits de consommation et de restauration hors foyer Starbucks», selon les termes employés dans un communiqué. Dans le cadre de cet accord, qui devrait être finalisé fin 2018, environ 500 employés de Starbucks rejoindront Nestlé.

En septembre 2017: Nestlé vient concurrencer Starbucks

Concrètement, Nestlé acquiert les droits pour tout Starbucks, à l’exception de ce pour quoi la marque est mondialement connue et qui reste son métier central: ses «salons de café», comme l’entreprise de Seattle les appelle elle-même. Sont aussi exclus de l’accord les produits «prêts-à-boire», pour lesquels Starbucks est déjà allié avec Pepsico.

La fabrication et la commercialisation des paquets de café soluble, en grains ou moulus, ainsi que des capsules Starbucks, très répandus aux Etats-Unis mais quasi inexistants en Europe ou en Asie, entrent donc dans le giron de la multinationale vaudoise.

En l’état, cette activité génère des ventes annuelles de 2 milliards de francs. Ce qui portera rapidement le chiffre d’affaires de Nestlé dans le café de 16 à 18 milliards de francs par an.

Des capsules Starbucks dans les rayons

Mais le groupe a des ambitions mondiales. Il a l’intention d’étendre la distribution des produits Starbucks aux autres continents. En 2019 déjà, les étalages de certains commerces d’Europe et d’Asie pourraient proposer du café Starbucks, annonce Patrice Bula. Responsable des unités d’affaires stratégiques, du marketing, des ventes et de Nespresso, il précise: «Certes, dans certains domaines il s’agit d’un concurrent de Nespresso. Mais les canaux de distribution resteront distincts.» Autrement dit, on ne trouvera jamais trace de capsules Starbucks dans les boutiques ou sur le site de Nespresso.

Comme c’est déjà le cas avec ses cafés solubles et en capsules, Nestlé veut aussi installer Starbucks dans les restaurants, hôtels et autres cantines d’entreprises.

Cette opération porte l’empreinte de Mark Schneider, le directeur général de Nestlé depuis 2017, qui a lancé une vaste réorientation stratégique de Nestlé. Dans le café, une activité dont les marges sont plus élevées que la moyenne du groupe, plusieurs rachats ou prises de participation ont été réalisés récemment aux Etats-Unis.

Du très petit et du très grand

Nestlé est par exemple entré au capital de la chaîne de cafés Blue Bottle et de Chameleon, un spécialiste du café bio, durable et aux arômes parfois décalés. Mais ce ne sont là que deux des centaines de petits acteurs qui émergent çà et là et qui grignotent peu à peu des parts de marché aux géants installés. «Ce qui se passe chez Nestlé reflète ce qui se passe dans le marché mondial du café, résume le directeur financier du groupe, François-Xavier Roger. Blue Bottle et Chameleon sont nos start-up, celles qui se trouvent dans des marchés de niche. Mais cette transaction avec Starbucks nous permet de réaliser une forte et rapide avancée dans le café premium.»

Cette «avancée» a surpris les analystes, lundi. Elle «permet à Nestlé de garder à distance son concurrent JAB Holding [propriétaire de Keurig Green Mountain, ndlr]», réagit Jean-Philippe Bertschy. L’analyste de la banque Vontobel ajoute que, malgré un prix qui pourrait sembler élevé, elle permet au groupe de développer son activité aux Etats-Unis, «un de ses points faibles jusqu’ici».

Avec d’autres mots, François-Xavier Roger confirme: «Cet accord renforce significativement notre position aux Etats-Unis dans le café.»

 

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