«Nous sommes en train de sentir d’où vient le vent… et c’est très difficile à faire.» Reed Hastings, directeur de Netflix, a eu le triomphe modeste. Dans la nuit de mardi à mercredi, le premier site mondial de streaming vidéo a annoncé la conclusion de deux fois plus d’abonnements que prévu au premier trimestre: 15,8 millions au lieu des 8,2 millions attendus. L’effet pandémie, bien sûr. Un effet qui pourrait rapidement s’évanouir, d’autant que la concurrence s’intensifie au niveau mondial – en Suisse également.

Impossible donc pour la société basée à Los Gatos, en Californie, de prédire le comportement de ses désormais 183 millions d’abonnés. Des clients facilement infidèles: en deux clics, ils peuvent annuler leur abonnement pour la fin du mois. Netflix prévoit de gagner 7,5 millions de nouveaux clients lors du deuxième trimestre, mais ce n’est qu’une hypothèse. «C’est très compliqué de penser sur le long terme», a concédé Reed Hastings. La société suppose que «les personnes qui n’ont pas rejoint Netflix pendant tout le confinement ne le feront sans doute pas juste après». Ce qui n’affecte en rien la trajectoire de la société, qui a gagné au minimum 2,5 millions de clients par trimestre ces trois dernières années. Mais jamais 15,8 millions en une fois.

La fusée Disney

Bénéficiaire – son profit a doublé à 709 millions de dollars –, Netflix a vu son chiffre d’affaires gagner 28% à 5,8 milliards de dollars lors du premier trimestre. Mais la concurrence s’intensifie. Il y a bien sûr le service de streaming de Disney, qui a conquis 50 millions d’abonnés payants cinq mois après son lancement aux Etats-Unis et deux semaines après son arrivée en Europe. Hulu compte plus de 76 millions d’abonnés, Apple plus de 50 millions, Amazon plus de 42 millions aux Etats-Unis uniquement… Et fin mai, WarnerMedia doit lancer le service de streaming HBO Max, avec comme séries phares Friends, The Big Bang Theory et Game of Thrones. D’ici à 2025, WarnerMedia vise entre 75 et 90 millions d’abonnés sur la planète. A noter qu’on ne connaît aucun chiffre pour le marché helvétique.

En Suisse aussi, la concurrence va s’accroître pour Netflix. Dès cet automne, la SSR lancera une nouvelle plateforme nationale de streaming de ses contenus, avec 1500 à 2000 titres à ses débuts. Peu importe qu’ils aient été réalisés en français, en allemand ou en italien: tous les contenus, gratuits, seront sous-titrés ou doublés dans les langues nationales. Ces sujets seront répartis par thématique. «La plateforme se concentrera sur les fictions et les documentaires, détaille une porte-parole. Les droits de diffusion seront allongés, afin de proposer une expérience complète en ligne. Et les émissions d’information, ainsi que le sport, conserveront leur plateforme dédiée par région.»

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Devant les écrans à midi

Selon la SSR, «l’idée n’est pas de concurrencer les plateformes des géants américains de la technologie qui jouent dans une autre catégorie. Il s’agit plutôt de mettre en avant nos productions et ce que la Suisse fait en matière de fiction et de film documentaire notamment», poursuit la porte-parole. Le nom de cette plateforme doit être annoncé dans les prochaines semaines.

En cette période de confinement, les Suisses sont plus assidus devant les écrans – la SSR constate ainsi une explosion de l’audience des émissions d’information. Swisscom constate «en semaine des pics de trafic de données en soirée semblables à ceux que nous observons habituellement le dimanche soir vers 20h30. Dans cette situation extraordinaire, nos clients regardent donc autant la télévision le soir en semaine que le dimanche.» Le soir, mais aussi à midi, poursuit le porte-parole: «La charge de notre réseau augmente d’environ 20% à midi par rapport à la même heure en période normale, ce qui signifie que nos clients utilisent davantage le streaming, que ce soit pour regarder Swisscom TV ou Netflix.»

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Davantage de rediffusions

UPC ne communique pas non plus de chiffre, mais constate la même tendance. «Pendant la journée, et surtout à l’heure du repas de midi, nous constatons une augmentation de l’utilisation des services de streaming, assure une porte-parole. Nous constatons également une augmentation de l’utilisation de la rediffusion sur notre plateforme TV. Depuis mi-mars, l’utilisation de l’offre de vidéo à la demande a également connu une forte augmentation.»

Comme l’indiquait Reed Hastings de Netflix, la réouverture des cinémas, voire l’arrivée des beaux jours, pourrait considérablement réduire le temps passé devant les écrans sur la planète. Une chose est sûre: les internautes et téléspectateurs seront de plus en plus sollicités par des offres qui se multiplient.