Internet

Netflix ou le pari gagnant de la fiction maison

Le site de vidéo en ligne a dévoilé des chiffres records pour 2016. Cette année, il compte investir 6 milliards de dollars dans la production. Dans sa stratégie, encore évolutive, les séries prennent le pas sur le cinéma

Il existe un paradoxe Netflix. Le géant de la vidéo sur Internet correspond bien à son surnom, un géant; et pourtant, en termes de stratégie, l’entreprise californienne, présente dans 190 pays et territoires, tâtonne. Elle affine peu à peu son modèle d'affaires, misant toujours plus sur la fiction en feuilletons pour appâter et garder les chalands. Mercredi aux Etats-Unis, le groupe a dévoilé des chiffres records.

Après un passage à vide, au niveau des nouveaux abonnés, durant le premier semestre 2016, la croissance a repris de plus belle pendant la deuxième partie de l’année. Bilan: le site revendique désormais 93,8 millions d’abonnés au total.

Lire aussi: Netflix glane plus d’abonnés que prévu

47% du public à l'international

Fait marquant, 47 % de son public est désormais international. Dans une téléconférence avec les actionnaires, le cofondateur et patron de l’entreprise, Reed Hastings, a parlé d’une «croissance régulière» en Amérique latine, tandis que «l'élan pour nous est en train de s'accélérer en Europe dans son ensemble, et en Asie nous ne faisons que commencer».

Les prévisions illustrent cette expansion hors des Etats-Unis. Pour le premier trimestre 2017, le groupe mise sur une croissance de 5,2 millions d’abonnés, dont 3,7 à l’étranger. Le reste du monde génère encore des déficits, mais le groupe espère les réduire fortement cette année. Il y a encore quelques gisements en Europe, et donc, l’Asie constituera la prochaine offensive. Comme de juste, l’une des séries que Netflix aime mettre en avant est Marco Polo...

A ce sujet: Netflix, mondial mais si fragile

Quelques errances stratégiques

Dans sa programmation, le groupe fait quelques zigzags. Lors de l’arrivée de Netflix en Suisse, Reed Hastings avait assuré au Temps – surpris de ne voir aucun classique du cinéma au catalogue –, que les vieux films n’intéressaient personne. A présent, voici que des Hitchcock, entre autres, apparaissent dans la lucarne. Y a-t-il un lien? L’année passée, Netflix a renoncé à des contrats avec certains studios. De fait, la part des films baisse, celle des séries augmente. Et de manière peut-être plus surprenante, le groupe investit volontiers dans le documentaire – mais là aussi, souvent, en feuilletons.

Sans conteste, le site a déçu les cinéphiles; son offre cinématographique est parfois pathétique. Les responsables ne cherchent même pas à colmater les trous. Au contraire, ils font évoluer leur modèle. De robinet à images généraliste, Netflix évolue vers un statut de producteur de fictions, et de téléréalités, qu’il sert sur un plateau global à ses abonnés.

6 milliards dans la production

L’ampleur de ce chantier est révélée par les nombres. Le chiffre d’affaires de Netflix en 2016 a été de 8.8 milliards de dollars, avec un bénéfice de 186 millions. Cette année, le groupe compte investir 6 milliards de dollars dans la production propre, un milliard de plus que l’année passée. Pour comparaison, le chiffre d'affaires total de Warner Bros (cinéma, TV, DC Comics) est de 12,9 milliards. De 600 heures de programmes maison en 2016, Netflix atteindra les 1000 heures en 2017.

Ce n’est pas un hasard si, après le tassement, les nouveaux abonnés ont crû à nouveau dans la seconde partie de 2016. En Europe puis en Amérique du Sud, c’est le moment où l’entreprise a lancé ses nouvelles fictions nationales, produites par des créateurs de chaque pays. Il y a eu Marseille pour la France, The Crown en Angleterre – qui séduit dans le monde entier –, et des démarches similaires en Allemagne, Espagne ou au Brésil. Netflix n’a déjà jamais misé sur le sport; désormais, elle relativise l’attrait du cinéma pour garantir son parc de clients et sa croissance.

A propos de la production de «Marseille»: Comment Netflix bouleverse les séries TV

Il y aura bien une limite

Cette hausse atteindra-t-elle un plafond? Sans doute. Ancien site de location de DVD, Netflix a eu l’avantage d’être le premier à se lancer en ligne, en visant une croissance rapide, dans son pays puis ailleurs. A présent, il doit se frotter à concurrence féroce. Aux Etats-Unis, HBO a renforcé sa présence en ligne; Hulu, de nature semblable à Netflix, se lance aussi dans la production – la série 22/11/63, c’est lui; et Amazon a déjà quelques fictions fortes, dont Bosch ou The Man in the High Castle, tout en se montrant agressif sur les prix d’abonnements.

Lire aussi: Amazon attaque Netflix sur le champ de la vidéo, aussi en Suisse

Pour l’amateur, la situation se complique à cause de ce foisonnement de canaux, payants. S’il veut goûter aux grandes séries du moment, l’addition des abonnements risque de devenir salée. Il faudra choisir, et c’est par sa capacité à convaincre que Netflix joue son avenir.


 A propos de certaines séries Netflix

Publicité