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Le site d'Autodesk à Neuchâtel. Novembre 2017.
© David Marchon

Restructuration

A Neuchâtel, Autodesk laisse un goût amer

Le géant américain du logiciel a préservé moins d’une dizaine de ses 232 postes neuchâtelois et a transféré son siège européen à Dublin. Les autorités régionales parlent d’un «immense gâchis»

C’est la fin d’une relation d’un quart de siècle qui est actée. Autodesk SA a été radié du Registre du commerce neuchâtelois le 8 août dernier. Le canton ne sera parvenu à retenir qu’une poignée des 232 postes de la multinationale du dessin assisté.

Retour en arrière. Le 29 novembre dernier, le géant californien aux 8500 employés confirme qu’il entend fermer son antenne neuchâteloise. Coup de chaud sur le canton, qui se prépare à l’un des plus grands licenciements collectifs de la décennie. Mais les premiers contacts se révèlent décevants. «Le siège californien a d’abord envoyé des gens qui n’avaient aucune connaissance de la Suisse et de ses lois», se souvient une source proche des négociations, en mentionnant un premier plan social «totalement inacceptable».

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Du côté des autorités, c’est l’incompréhension. Présent depuis 1991 sur les hauts de la ville de Neuchâtel, le géant californien, spécialiste des logiciels de conception par ordinateur, notamment pour l’architecture, venait d’organiser la deuxième édition de sa kermesse numérique, Design Night. Il parlait encore de développer ses activités dans la région afin de profiter de son expertise dans l’industrie de pointe.

Le lourd tribut neuchâtelois

Chez Autodesk, les grandes manœuvres étaient déjà en marche. En pleine crise existentielle, le groupe de San Rafael (Californie) avait débarqué son directeur opérationnel Carl Bass en février et se réorientait douloureusement vers un système de ventes d’abonnements plutôt que de licences. Alors que le groupe s’apprêtait à boucler 2017 sur une fonte d’un cinquième de son chiffre d’affaires – à 2 milliards de dollars –, il avait annoncé son intention de supprimer 13% de ses effectifs sur le plan mondial, soit plus d’un millier de personnes.

Neuchâtel paie le plus lourd tribut de cette réorganisation. Depuis l’annonce, le directeur régional n’est plus autorisé à s’exprimer dans les médias et c’est désormais de Paris qu’est gérée la communication. Par écrit, les services de presse évoquent prudemment relocalisations et télétravail comme alternatives aux licenciements «lorsque c’est possible». Au Château de Neuchâtel, le pouvoir exécutif ne perd, lui, pas espoir de convaincre la multinationale de conserver ou de développer dans la région des activités ciblant spécifiquement l’industrie.

Lire aussi: C’est officiel, Autodesk quittera Neuchâtel l’an prochain

La procédure de consultation est bouclée mi-décembre. Les propositions des employés pour maintenir une partie du site n’ont pas été entendues, mais la direction assure que la moitié des licenciés se verront proposer des réaménagements de leurs conditions de travail. Plane encore le flou quant au lieu de transfert des activités d’Autodesk Neuchâtel, qui accueillait le siège EMEA du groupe, autrement dit le centre opérationnel pour l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. Mais aussi son support client et ses activités d’adaptation de ses logiciels aux particularités locales.

Destination Dublin

C’est finalement Dublin qui accueille le siège EMEA, ont confirmé au Temps les services de presse d’Autodesk, qui refusent de parler de «déménagement» vers l’Irlande mais d’une «répartition des activités sur l’ensemble de l’Europe». Parmi les autres destinations retenues, le bureau de Barcelone qui devrait doubler de taille, à 400 personnes, dans «les années à venir».

Depuis Paris, Autodesk assure pourtant que «les emplois de certains salariés qui étaient présents sur le site de Neuchâtel ont pu effectivement être préservés», mais refuse de communiquer sur leur nombre ou les secteurs concernés.

Selon les données du Registre du commerce, le siège d’Autodesk SA a été installé le 27 juillet dernier à Muri bei Bern, ou Muri-Gümligen de son nom officiel. C’est cette entité qui chapeaute la petite vingtaine d’employés d’Autodesk Development. Cette division – comptant dix postes à Gümligen et entre 4 et 9 à Neuchâtel, selon les données du site Teledata – est chargée de la commercialisation et la distribution des logiciels du groupe.

Postes qui ne «valaient pas la peine»

Contactés, différents employés évoquent une «confusion». La plupart des postes sauvés en Suisse sont liés à la vente des logiciels, mais d’autres activités plus spécialisées ont également été maintenues.

Une dizaine de personnes seulement auraient accepté des offres de délocalisation pour Dublin, Barcelone ou les Etats-Unis «qui ne valaient pas la peine» au vu des pertes salariales et des liens familiaux d’employés très attachés à la région. Une source interne estime: «Le plan social était correct pour les employés, mais les négociations étaient un simulacre. La direction du groupe savait déjà ce qu’elle voulait. Il n’y a pas eu de ramdam médiatique, ce qui l’a bien arrangée.»

Joint par téléphone, Jean-Nat Karakash annonce d’emblée n’avoir «aucune envie de revenir sur ce dossier». Le sujet est sensible du côté du Département de l’économie neuchâtelois et de son conseiller d’Etat, qui avait été prévenu par des tiers de la restructuration qui se tramait plusieurs jours avant qu’Autodesk n’informe officiellement le canton, «alors même que nous entretenions jusque-là une relation de confiance».

La politesse des ruptures difficiles

«On nous a écoutés avec la politesse du partenaire de vingt-cinq ans qui veut rompre sa relation», image le responsable de l’économie neuchâteloise, qui évoque un brusque changement de méthode avec la nouvelle direction d’Autodesk. «Je n’ai senti aucun intérêt à chercher des alternatives aux licenciements. C’est un immense gâchis pour l’entreprise, qui avait ici des employés très compétents et dévoués.»

Lire aussi Neuchâtel ne peut plus retenir Autodesk

Le départ d’Autodesk a laissé un goût amer chez tous les politiciens de la région. La multinationale était un fleuron de la promotion économique neuchâteloise. Jean-Nat Karakash tient pourtant à rappeler que le groupe a beaucoup apporté à la région: dans le domaine fiscal, mais aussi en disponibilité de compétences, internationalisation du canton et interactions avec la société neuchâteloise. «Ce capital est acquis, assure-t-il. Même si l’entreprise est partie.»

Le conseiller d’Etat regrette surtout de n’avoir pas réussi à retenir Autodesk avant le changement de direction. «Dublin avait autant d’atouts que la Suisse pour accueillir le siège EMEA. Mais si le groupe avait établi une activité de recherche et développement ici, il aurait sans doute été plus solidement ancré dans la région.»

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