Genevoise d’origine, c’est à Neuchâtel que Stéphanie a créé sa société, Peach, qui veut mettre en relation des vendeurs et acheteurs de bitcoins via une app. Pourquoi Neuchâtel? «Car tout est facile ici. Tous les services annexes dont nous avons besoin sont accessibles, du notaire à l’avocat spécialisé en passant par l’entreprise qui traite les salaires», répond la jeune entrepreneuse, l’une des 50 participants à un événement consacré aux cryptomonnaies organisé vendredi à Neuchâtel. Le canton est devenu l’un des pôles suisses pour les activités liées aux technologies de la blockchain. Moins bruyant que Genève ou Zoug sur son implication dans cette économie naissante, Neuchâtel compterait une soixantaine d’entreprises actives dans les cryptos, qui imaginent de nouvelles solutions pour la finance ou l’industrie.

Lorsqu’on est actif dans le monde crypto, «en France, on vous écarte; à Genève ou Zoug, on vous accueille, tandis qu’à Neuchâtel, on vous attend et on vous accompagne», résume un autre participant, Richard Détente, entrepreneur d’origine lyonnaise et animateur d’une chaîne YouTube dédiée aux actifs numériques.

Services accessibles

L’un des précurseurs de la communauté crypto neuchâteloise, Alexis Roussel, ne s’est pas senti attendu ou accompagné à Genève, lorsqu’il a voulu lancer l’une des premières plateformes de négoce de cryptos de Suisse, Bity, en 2013. «Nous disposions de 200 000 francs pour lancer le projet, explique-t-il. A Genève, un tel montant est considéré comme négligeable et personne ne comprenait ce que nous voulions faire, alors qu’à Neuchâtel, on nous a immédiatement pris au sérieux et on nous a accompagnés.»

L’écosystème crypto local s’est constitué progressivement dans les années qui ont suivi, «aussi grâce aux spécialistes dont a besoin toute entreprise – comptables, auditeurs, etc. – que nous avons approchés pour qu’ils apportent leur expertise à nos entreprises actives dans les cryptos», détaille Alexis Roussel, qui a également lancé une société active dans la protection des données, Nym Technologies.

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Des cryptos pour l’apport en nature

Autre caractéristique souvent entendue durant cette journée de rencontres et de conférences, la bienveillance et la disponibilité des autorités neuchâteloises et de la banque cantonale locale envers les cryptos, que le grand public associe souvent à diverses arnaques et à l’instabilité du bitcoin. Ce n’est pas que l’administration locale ait eu des affinités particulières avec la blockchain ou des compétences technologiques particulières. «Les autorités ont l’habitude des hautes technologies déjà présentes dans le canton, dans la microtechnique ou l’horlogerie par exemple, qu’elles ne comprennent pas non plus en détail, mais elles savent comment les accompagner», analyse un autre participant.

Faire passer l’industrie dans le XXIe siècle

Plutôt que d’aider à développer des applications grand public ou pour la finance, les autorités neuchâteloises voient surtout un intérêt à «rapprocher le tissu industriel local des innovations liées à la blockchain, par exemple pour l’authentification des montres», à en croire Alain Ribaux, le conseiller d’Etat chargé de l’Economie, également présent vendredi matin.

Enfin, plusieurs interlocuteurs, notamment étrangers, disent apprécier que la communauté crypto neuchâteloise filtre les projets, qui sont analysés par des experts lors d’événements informels, souvent autour d’un verre. Cette cooptation écarte les propositions sulfureuses, toujours très présentes dans la sphère crypto. Quant au crash du bitcoin, qui a perdu deux tiers de sa valeur depuis novembre 2021, personne n’avait vraiment l’air de s’en préoccuper ni même de vraiment s’y intéresser parmi ce public de fervents convaincus réunis vendredi à Neuchâtel.

Expert-comptable à Milvignes, Claude Burgdorfer a ainsi imaginé une solution pour que les entrepreneurs des cryptos puissent constituer le capital de leur société grâce à un apport en nature. En monnaies numériques, bien sûr. «De la même façon qu’un peintre peut apporter ses bidons et une voiture pour monter son entreprise», résume le spécialiste, qui a conseillé la première société de ce type en 2018 et avoue en créer actuellement plusieurs par mois. «La priorité de ces entrepreneurs est de pouvoir concrétiser leurs projets, et ils ont compris qu’il est plus facile d’y parvenir à Neuchâtel que dans leur pays d’origine, où ils sont souvent considérés comme des pestiférés», observe encore Claude Burgdorfer.

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