Impossible d’y échapper. Depuis le littoral neuchâtelois, il suffit de tourner le dos au lac. Sur les hauteurs de Colombier, une fumée blanche se dégage au-dessus des arbres. A 70 mètres du sol, elle oscille au gré des vents, crachée par la cheminée du centre d’incinération de Cottendart. C’est ainsi que les habitants de la région savent où et quand leurs déchets sont en train d’être brûlés.

Vendredi, des centaines de personnes se sont regroupées au pied de l’édifice. Vadec et Retriva y inauguraient le résultat d’un partenariat public-privé (PPP): un centre de tri flambant neuf pour le papier et le carton.

La Chine et l’e-commerce

Au fond du nouveau hangar trône une grande chaîne de tri, comme Retriva en a déjà installé trois autres en Suisse romande. Sur un tapis roulant, à la vitesse de 3 mètres par seconde, papier et carton franchissent trois étapes (le tri mécanique, optique et manuel) pour être définitivement séparés. Le papier repartira par camion de 24 tonnes. Le carton, lui, doit encore être compressé pour optimiser le transport. Les ballots d’une tonne et d’un mètre cube sont ensuite, comme le papier, revendus à des fabricants, par exemple la société lucernoise Perlen Papier.

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Ici, on parle donc des déchets «valorisés» – en ce moment, au prix de 50 à 100 francs la tonne, selon les qualités. A l’entrée du site, les communes, les entreprises, les commerces et les artisans qui livrent la matière première doivent d’abord passer l’exercice de la pesée. Eux sont rétribués à hauteur de 10 à 15% de la valeur de revente. Le solde couvre les marges et les frais d’exploitation du centre de tri.

«Trop de carton sur le marché»

Selon l’indice Recupindex, établi pour la Suisse romande, la tonne de papier et de carton mélangés était rémunérée 9,53 francs en janvier dernier. Six mois plus tard, il fallait débourser 63 centimes pour la déposer dans un tel centre de tri. «Nos contrats sont réévalués tous les trimestres environ, nuance Emmanuel Maître, le directeur de Vadec. Mais c’est une réalité, en ce moment, les cours sont très bas, car il y a trop de carton sur le marché.»

Il y a deux causes structurelles à cette situation: l’explosion des colis provoquée par l’e-commerce, ainsi que la décision récente de la Chine de restreindre les quantités de matières secondaires qu’elle importe. D’autres pays d’Asie l’ont suivie et la situation ne semble pas vouloir s’améliorer, selon Euwid, un site spécialisé dans le négoce de matières.

«Nos sources émettent des prévisions variées pour le mois d’août. Certaines parlent de stabilité, d’autres de véritables baisses.»  La conjoncture affecte aussi l’industrie du recyclage. «Nous sommes toujours les premiers à être touchés par les cycles économiques, expose Xavier Mahue, de Retriva. Lorsque l’industrie produit moins, on le remarque tout de suite.»

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Huit ans et 10 millions d’investissement

Globalement, à Colombier, quelque 10 millions de francs d’investissement et huit ans de pérégrinations administratives ont été nécessaires pour transformer un site qui s’étend désormais sur 14 000 m2. Celui-ci comprend également un endroit pour trier le PET, le verre et pour traiter les déchets encombrants et organiques. Des opérations plus classiques qui ne font pas partie de la coentreprise avec Retripa, précise Emmanuel Maître.

A quelques mètres de ces nouvelles installations, il y a toujours l’usine d’incinération. Celle que l’on voit de loin, grâce à sa cheminée. Désormais, les Neuchâtelois qui tournent le dos au lac pourront se dire qu’une partie de leurs déchets sont en train d’être valorisés.