Fiscalité

«Neuchâtel doit réfléchir à une deuxième réduction des taux pour les entreprises»

Pour François Burgat, le nouveau patron régional de PwC, le canton doit viser un taux d’imposition inférieur à 14% pour pouvoir rivaliser avec les projets à Fribourg, Vaud ou Genève

François Burgat est une exception. Entré en fonction début janvier, il est le premier expert fiscal diplômé à la tête de la succursale neuchâteloise de PwC. Fidèle à la société d’audit et de conseil depuis 1995, il dirige désormais une équipe d’environ 40 personnes.

Dès le début de l’entretien, dans les bureaux situés à l’entrée du chef-lieu cantonal, il fixe les limites de la discussion: pas question d’entrer dans des considérations politiques. François Burgat veut livrer une analyse pragmatique de la situation d’un canton souvent considéré comme un enfer fiscal.

Un statut exagéré, selon lui. «Il faut démystifier cette image! Il est vrai que la classe moyenne paie beaucoup d’impôts. Mais la situation n’est pas si mauvaise. Il ne faut pas oublier les nouvelles déductions pour les familles, qui ont un vrai effet sur la facture fiscale». Et ce, même si la réforme votée en 2012, qui comprend des baisses de taux, une augmentation des déductions possibles pour les frais de garde et les enfants à charges et des rabais d’impôts, devrait être mise en place plus lentement que prévu, en raison des difficultés budgétaires du canton.

«Un vrai avantage concurrentiel»

Pour les entreprises en revanche, Neuchâtel a respecté son calendrier: la réforme de la fiscalité des personnes morales, votée en 2011, atteint son plein effet en 2016. «Avec un taux effectif de 15,6%, y compris l’impôt fédéral direct, un écart positif important s’est créé avec les cantons voisins et un sentiment de sécurité fiscale s’est installé. C’est un vrai avantage concurrentiel», poursuit François Burgat. Outre une croissance annuelle de 3,5% du nombre de sociétés, selon les autorités, cette réforme a des effets concrets, constate François Burgat.

Avec ce taux moins élevé – il a baissé progressivement de 22,2 à 15,6%, les entreprises ont moins tendance à constituer des réserves latentes et sont plus ouvertes à déclarer des bénéfices imposables et à les distribuer sous la forme de dividendes à leurs actionnaires. Avec pour conséquence? Une structure de bilan plus adéquate «qui assure la pérennité des entreprises lors de leur transmission ou d’une succession. C’est un cercle vertueux», salue l’expert fiscal.

Mais le canton ne peut pas rester inactif sur ce terrain, poursuit-il. Il devrait travailler sur deux axes pour conserver, voire améliorer, son attractivité fiscale. D’abord, «je suis conscient que c’est une question de temps et de moyens, mais Neuchâtel doit réfléchir à une deuxième réduction des taux pour les entreprises, avec cette fois-ci, un objectif inférieur à 14%, pour rivaliser avec les projets des cantons de Fribourg, Vaud et Genève».

Le deuxième impératif concerne la mise en application de la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III), actuellement débattue aux Chambres. «Si les autorités cantonales pouvaient se concentrer sur la fiscalité de l’innovation, ce serait une très bonne nouvelle, lance François Burgat. Il ne faut pas manquer cette occasion de redonner un élan à la recherche et au développement (R&D). Cela enverrait, en plus, un signal très positif au tissu économique local».

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Une horlogerie plus solide

Dans la région de Neuchâtel, du Jura et du Jura bernois, environ 80% des entreprises clientes de PwC sont des entités familiales. Au niveau sectoriel, le PIB cantonal dépend à hauteur de 20% du secteur horloger. Une dépendance risquée? Si tel était le cas, le risque serait moindre que par le passé, répond François Burgat. De nombreuses marques «ont gagné en solidité», en entrant dans le giron de grands groupes. Le responsable est plus inquiet pour les sous-traitants de cette industrie, qui sont «toujours les premiers touchés dans les phases plus difficiles comme aujourd’hui».

Le responsable souligne ainsi la pertinence du recours au chômage partiel. Un très bon outil, selon lui. «Nous l’observons à chaque phase de reprise: ceux qui sont parvenus à conserver les collaborateurs et leurs compétences clé pendant un creux conjoncturel sont aussi ceux qui remontent le plus vite la pente».

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