Technologies

A Neuchâtel, les robots suivent les pas de Darwin

La «Design Night» présentait des robots barmen et des machines de l’EPFL capables de muter vers des êtres toujours plus complexes. L’intelligence artificielle possède déjà les clés de sa propre évolution

Un bras armé qui sert le café, un robot qui décapsule des bières et – entre les deux – une tablée de «makers» (des bricoleurs 4.0) assistant les curieux dans leurs créations électroniques. A La Case à Chocs de Neuchâtel, quelque 400 technophiles se sont offert un bain de futurisme lors de la «Design Night».

Autodesk Neuchâtel qui fêtait ses 25 ans en important la formule de sa maison-mère californienne, s’est donné pour objectif de «titiller la curiosité du public en lui expliquant comment le monde change», explique Roberto Sigona, le directeur régional du géant de l’édition de logiciels de création assistée.

Lire aussi: «La quatrième révolution industrielle nous concerne tous»

En réalité, la technologie robotique fait déjà partie de notre vie quotidienne, puisqu’on en trouve dans les aspirateurs, les drones ou les logiciels d’auto-pilotage, souligne Dario Floreano, directeur du centre d’excellence suisse en robotique de l’EPFL. «Mais le développement des batteries ou caméras de smartphones a notamment permis d’abaisser les coûts de production des robots», explique-t-il.

Des machines qui se construisent elles-mêmes

L’équipe du professeur développe actuellement la nouvelle génération de robots, capable d’évoluer en fonction de son environnement. «L’idée c’est qu’il puisse y avoir, comme chez les êtres humains, une coévolution du corps et de l’intelligence», résume celui qui est l’origine du projet Robogen. Grâce à un système d’algorithmes biologiques, le robot – doté de capteurs et d’un système neuronal artificiel – est capable d’apprendre de ses erreurs afin de trouver la meilleure stratégie pour sortir d’une boîte ou avancer d’un point A à un point B.

«C’est le robot lui-même qui redéfinit le diamètre de ses roues ou conçoit la taille des pièces qui vont le composer», explique Alice Concordel, ingénieure au Laboratoire de systèmes intelligents de l’EPFL. Le simulateur classe tous les prototypes et – dans une procédure très darwinienne – écarte les modèles les moins performants. La machine élue commande elle-même ses pièces qui seront ensuite imprimées en 3D. Les robots évolutifs de l’EPFL pourraient-ils, eux aussi, devenir nos collègues de travail? Impossible pour Alice Concordel: «Nos robots sont beaucoup trop imprévisibles pour le moment. On ne peut pas se permettre de les faire collaborer avec des humains.»

Lire aussi: «On pourrait imaginer qu’un robot refuse de payer ses impôts!»

Robots au service des entrepreneurs

Une évolution de la fabrication qui intéresse beaucoup Autodesk qui s’est offert en 2015 l’éditeur allemand de logiciels pour impression 3D Netfabb. Une technologie permettant de matérialiser instantanément n’importe quel dessin. De quoi imaginer que le créateur de logiciels investisse toute la ligne de production? Roberto Sigona voit plus loin: «Dans un futur pas si éloigné on pourrait imaginer que des micro-usines disposeraient de robots faciles à programmer. Les entrepreneurs, grâce à leur argent collecté sur des plateformes de crowdfunding, pourraient louer leurs services pour 30 minutes ou deux heures.» L’industrie sans les moyens de production, en somme.

A la Case à Chocs, le robot de F&P Robotics, se contente de servir le café. Mais la spin-off de l’EPFZ cherche déjà de nouveaux marchés pour ses robots collaboratifs – des bras armés dotés de capteurs permettant de détecter une présence humaine. «L’industrie reste notre principal débouché, explique Rico Kreis ingénieur. Nous cherchons maintenant à convaincre le secteur des services. Le défi, c’est que les gens acceptent leur présence.»

Publicité