Si vous aviez investi un franc dans les actions suisses en 1900, cela vous aurait rapporté 1938 francs à la fin de 2006. «Ça, c’est la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est que si vous avez pu le faire, vous êtes certainement mort entre-temps.» Paul Marsh a commencé son exposé par une boutade. Mais l’étude qu’il a menée avec plusieurs experts de la London Business School et de la Cambridge Judge Business School pour le compte de Credit Suisse était tout à fait sérieuse.

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En termes réels, cette hausse équivaut à une multiplication des avoirs par 159, a poursuivi le professeur, lors d’une présentation à la presse jeudi matin. L’inflation, de 2,2% en moyenne, signifie que les prix ont été multipliés par 12 en Suisse, soit l’évolution la plus raisonnable de tous les pays passés en revue. Les prix ont été multipliés par 28 aux Etats-Unis, par 70 au Royaume-Uni et par 2394 en France. Sans parler de l’Allemagne, qui a connu l’hyperinflation dans les années 1930. La bourse de Zurich, le septième plus grand marché des actions du monde, est donc «forte et stable à long terme», a ajouté Paul Marsh, précisant que la neutralité suisse a certainement aidé à obtenir cette performance, de même que l’inflation la plus faible.

«Monnaie la plus forte du monde»

Les actions suisses ont généré un rendement moyen de 4,4%, soit un niveau un peu en dessous de la moyenne mondiale, à 5,1%. L’exercice 1974 a été la pire année des actions suisses, avec une baisse de 37% (une fois déduite la performance des créances à court terme), et 1985 la meilleure avec une envolée de 55%. Les obligations, avec 2,3% de hausse, font mieux que le reste du monde dont la moyenne s’établit à 1,8%. Qui sont en outre particulièrement sûres: c’est le deuxième marché de la dette le moins risqué du monde après la Nouvelle-Zélande.

Les actions se classent quatrième. La bourse suisse n’a connu que 25 années de performances réelles négatives, contre 16 pour les Etats-Unis, 51 pour le Japon et 55 pour l’Allemagne. «Beaucoup pensent que les obligations américaines sont les plus sûres du monde, mais elles ont connu 56 ans de rendements réels négatifs, contre 38 pour la Suisse, en tête du classement», a précisé Paul Marsh. A l’inverse, l’Autriche, l’Italie, le Japon et l’Allemagne ont connu 117 ans sur 117 de performances réelles négatives.

Dans la comparaison des monnaies, la Suisse est imbattable. Le franc, qui a augmenté de 0,7% par rapport au dollar par année, est «la monnaie la plus forte du monde», a poursuivi le professeur londonien. Et il n’y a pas de raisons pour que cela change au cours des 100 prochaines années, a estimé Burkhard Varnholt, responsable des investissements pour la Suisse de Credit Suisse.

«Le monde dans une boîte»

Pour ce dernier, l’étude permet de lever le voile sur les «beautés cachées» du marché suisse, souvent négligées par les investisseurs. «Si on prend les deux dernières années, la bourse suisse est loin derrière les meilleures places. Mais, à long terme, la stabilité des prix et la force de la monnaie sont les deux piliers du succès des actions suisses, dont les entreprises sont tellement globalisées que c’est comme d’avoir le monde dans une boîte.»