Inde

New Delhi retire les billets de 500 et 1000 roupies pour lutter contre la corruption

Le premier ministre Narendra Modi a annoncé mardi que les grosse coupures seront retirées de la circulation à minuit. Les distributeurs automatiques ont été pris d’assaut

Le premier ministre de l’Inde, Narendra Modi, a pris la nation entière par surprise. Dans un pays d’1,3 milliard d’habitants, le secret avait été bien gardé. A part les initiés de mise, nul ne savait la raison de son intervention exceptionnelle à la télévision et à la radio, annoncée quelques minutes avant qu’il ne prenne l’antenne à 20 heures. Et sa déclaration s’est répandue comme une traînée de poudre à travers le pays: à partir de mardi à minuit, le 9 novembre, les billets de 500 (14 euros) et 1000 roupies (7 euros), gravés à l’effigie du Mahatma Gandhi, deviendront «juste des bouts de papiers sans valeur». Ces coupures n’auront plus valeur de monnaie légale.

Mesures contraignantes

Au total, ce sont plus de 23 milliards de billets qui vont disparaître de la circulation. Ces billets pourront être déposés ou échangée dans les banques et les bureaux de poste jusqu’au 20 décembre, et deux nouveaux billets, cette fois de 500 et 2000 roupies, viendront les remplacer à une date ultérieure. Dans l’immédiat, seuls les billets de 5, 10, 20, 50 et 100 roupies restent valables. S’adressant durant quarante minutes à ses compatriotes en hindi puis en anglais, Narendra Modi a sollicité les efforts de tous les Indiens pour lutter ainsi contre la corruption et leur a demandé de «ne pas paniquer».

Car leur quotidien, lors de ces prochains jours, va être chaotique. La directive s’accompagne de mesures contraignantes: les distributeurs bancaires ne vont pas dispenser plus de 2000 roupies par jour, et les retraits de comptes en banque plafonneront à 10 000 roupies par jour et 20 000 roupies par semaine. Enfin, le temps de se retourner, toutes les banques seront fermées le 9 novembre et tous les distributeurs de billets seront bloqués les 9 et 10 novembre. Néanmoins, pendant encore septante-deux heures, les hôpitaux, stations-service, distributeurs de lait, pompes funèbres et transporteurs accepteront les anciennes coupures.

Corruption endémique

«Cela fait des années que la corruption, l’argent noir et le terrorisme sont de véritables abcès et nous freinent dans la course au développement», a expliqué Narendra Modi, qui dirige le gouvernement sous les couleurs de la droite nationaliste hindoue (BJP). Le premier ministre envoie ainsi un grand coup de pied dans la fourmilière de l’argent «noir» et de l’économie souterraine, dans un contexte où la corruption est endémique en Inde. En juillet, la Banque mondiale a estimé que l’ampleur de l’économie grise correspondait à 23,2% du PIB de l’Inde en 2007. «Imaginez tous ceux qui gardent chez eux des valises de billets d’argent sale!», s’est réjoui le présentateur de la chaîne NDTV à l’annonce de la mesure. Il n’existe cependant pas d’estimations claires concernant le montant de la black money détenue en coupures de 500 et 1000 roupies.

Dès 22 heures, la nouvelle était sur toutes les lèvres. Dans les rues de New Delhi, les échoppes n’acceptaient déjà plus les billets de 500 et 1000 roupies. «Pas de monnaie!», annonce Rajesh, un vendeur de cigarettes de Neb Sarai. Les queues se sont allongées devant des distributeurs automatiques pris d’assaut. «Je veux juste essayer de retirer quelques billets de 100 roupies et avoir un peu de liquide pour les jours prochains», explique Radhika, devant le distributeur de la State Bank of India, à Saket. Et alors que nous prenons la scène en photo, plusieurs personnes lancent: «Vive Narendra Modi!»

Cette mesure va certes frapper les esprits. Donnant une image de fermeté, Narendra Modi a été élu pour transformer l’Inde et il envoie aujourd’hui un signal fort. «Modi va nettoyer notre pays, c’est courageux», s’enthousiasme Rakesh, un homme d’affaires. A l’approche d’élections régionales, c’est déjà la popularité du premier ministre qui risque d’en tirer un bénéfice.

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