Technologie

New York se transforme en Silicon Valley

Après Amazon, Google a décidé d’installer l’un de ses sièges sur la côte est des Etats-Unis, avec à la clé 7000 nouveaux emplois. Les géants de la tech veulent ainsi s’étendre hors de la région de San Francisco. Mais cela suscite de vives critiques

La côte est des Etats-Unis est en train de muer en mini-Silicon Valley. Mais, à l’échelle des Etats-Unis, le «mini» se chiffre en milliards. Lundi, Google annonçait son intention d’investir plus d’un milliard de dollars (autant en francs) dans un nouveau campus à New York, établi sur 160 000 mètres carrés et capable d’accueillir plus de 7000 employés supplémentaires. En novembre, Amazon décidait de dépenser plus de 5 milliards de dollars pour ses deux nouveaux centres de New York et Arlington, tout près de Washington. Et sans faire de bruit, Uber et Facebook s’étendent aussi dans Big Apple.

La Silicon Valley n’est pas morte. Ecosystème unique, lieu de rencontre entre ingénieurs, entrepreneurs et investisseurs, la région au sud de San Francisco ne perd pas de son éclat. Mais elle ne suffit plus aux géants de la technologie. «Les sociétés se rendent compte que cette région, traditionnellement le centre d’activité majeur de la tech aux Etats-Unis, devient chère et encombrée», estime dans une note Andrew Bartels, analyste chez Forrester Research. Ces multinationales «se disent qu’elles peuvent probablement trouver des experts à des coûts moindres et offrir peut-être une meilleure qualité de vie à certains employés dont les fins de mois sont compliquées».

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Recherche de talents

La recherche de personnel qualifié est l’argument numéro un mis en avant. «New York est une source de talents de classe mondiale. C’est pour cela que nous nous y sommes établis en 2000», expliquait lundi Ruth Porat, directrice financière de Google. Et d’ajouter: «Sans surprise, tout le monde ne veut pas habiter dans la Silicon Valley, il nous faut donc construire plusieurs centres dans le pays.» Les employés embauchés seront des ingénieurs, des développeurs, mais aussi des vendeurs. En novembre, Jay Carney, vice-président d’Amazon, expliquait que «pendant le processus (de sélection des deux nouveaux centres, ndlr), il est devenu clair que le critère décisif allait être la capacité à trouver et attirer les talents».

Google emploie déjà 7000 personnes à New York. Amazon et Facebook en comptent chacun plus de 2000 dans la ville, alors qu’Apple et Salesforce en dénombrent chacun plus de 1000, selon un décompte du New York Times. Le quotidien relève qu’à New York, depuis 2009, le nombre d’emplois dans le secteur technologique a augmenté de 31%, pour atteindre 360 600 unités. Dans le même temps, le nombre d’emplois dans la finance a progressé de 12%, à 475 500 unités.

Plus proche du pouvoir

D’autres motivations, secondaires, sont aussi citées pour expliquer cette expansion hors de Californie: diversifier la culture d’entreprise, mais aussi se rapprocher des lieux de pouvoir. Le pouvoir financier pour New York, alors que Facebook et Google ont des ambitions dans les paiements. Le pouvoir politique aussi pour Amazon, qui se rapproche de la capitale fédérale.

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Ces développements sur sol américain offrent aux géants de la tech un double avantage. Cela leur permet d’abord de calmer les velléités de politiciens américains de les réguler, voire de les forcer à produire sur sol américain. La semaine passée, Donald Trump a salué, via un tweet, l’investissement d’un milliard de dollars d’Apple à Austin (Texas) visant à créer entre 5000 et 15 000 postes de travail. Même s’il s’agit a priori de bureaux, et non pas d’usines. Ensuite, ces multinationales parviennent à obtenir des centaines de millions de dollars d’aides pour leurs implantations: Amazon va ainsi décrocher un crédit d’impôt de 1,2 milliard de dollars pour ses nouveaux centres de la côte est.

Manifestations

A New York, ces développements ne font pas que des heureux. Et les critiques qu’ils suscitent sont exactement les mêmes qu’à San Francisco. Car ces géants influent sur les loyers. Selon une étude récente, le prix moyen d’un loyer mensuel à Manhattan est déjà de 4119 dollars (record du pays), devant les 3579 dollars de San Francisco (deuxième ville la plus chère des Etats-Unis).

A elle seul, Amazon vise 25 000 employés supplémentaires dans la ville, qui viendront s’ajouter à ceux de Google. Déjà accusé de contribuer à la gentrification de certains quartiers et de changer la ville, le moteur de recherche a répondu en finançant des associations caritatives locales et a annoncé qu’il paierait un nouvel arrêt pour un ferry.

Mi-novembre, une centaine de personnes, dont plusieurs élus locaux, avaient manifesté contre l’implantation d’Amazon dans le quartier de Long Island City. Ses futurs emplois seront rémunérés en moyenne 150 000 dollars par an, ce qui fait craindre une hausse générale du coût de la vie.


Nouveau scandale autour de Facebook

Une nouvelle enquête du New York Times, publiée dans la nuit de mardi à mercredi, montre comment Facebook a donné des accès privilégiés à des informations à ses partenaires. Ainsi, Amazon, Microsoft, Netflix ou encore Spotify ont pu lire des données privées durant plusieurs années. Le quotidien new-yorkais a pu consulter des documents internes et a mené une cinquantaine d’interviews auprès d’anciens employés du réseau social et de ses partenaires.

On apprend ainsi, à la lecture de cet article, que Microsoft pouvait consulter le nom des amis Facebook d’un utilisateur en particulier. Quant à Spotify et Netflix, ils avaient le droit d’accéder à la messagerie privée de certains utilisateurs de Facebook. Apple a pu lire des données relatives à des événements Facebook.

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