Enfin. Après de longues consultations, un scrutin à trois tours, un blocage par l’administration Trump en octobre et un renversement de celui-ci par le nouveau président américain Joe Biden la semaine passée, la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala a été nommée lundi au poste de directrice de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). «Une OMC forte est essentielle si nous voulons nous remettre pleinement et rapidement des ravages causés par la pandémie de Covid-19, a-t-elle déclaré lundi soir à l’issue de sa nomination confirmée par les Etats. Notre organisation est confrontée à de nombreux défis, mais en travaillant ensemble, nous pouvons collectivement rendre l’OMC plus forte, plus agile et mieux adaptée aux réalités d’aujourd’hui.»

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Une nomination très attendue

Ngozi Okonjo-Iweala prendra ses fonctions le 1er mars pour un mandat de quatre ans. Elle succède au Brésilien Roberto Azevêdo qui a démissionné de ses fonctions en août dernier un an avant la fin de son mandat, laissant une institution à l’agonie pendant six mois. Au départ, huit candidats étaient en lice dans la course pour la succession. La derrière concurrente, la ministre sud-coréenne du Commerce Yoo Myung-hee s’est retirée la semaine passée. La voie libre, la Nigériane devient ainsi la première femme, après six hommes, et aussi le premier ressortissant africain à diriger l’OMC depuis sa création en 1995. Elle entamera son mandat de quatre ans le 1er mars.

La nouvelle directrice arrive à un moment critique: Le monde est frappé de plein fouet par la pandémie de Covid-19. Les confinements ou semi-confinements décrétés par les Etats afin de contenir la pandémie ont ralenti l’activité. Dès son arrivée à Genève, siège de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala sera immédiatement plongée dans un débat autour de la protection de la propriété intellectuelle. Des pays émergents demandent une dérogation aux règles de l’OMC afin de produire massivement des vaccins anti-covid. Dans une récente déclaration au Temps, la candidate disait que la solution à la pandémie passe par l’OMC. La future directrice a demandé lundi que les membres rejettent le «nationalisme vaccinal» et trouvent des solutions pour faciliter l’accès aux vaccins à tout le monde.

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La porte-parole d'un continent

Consciente des défis qui l’attendent pour revigorer l’organisation et aussi pour apaiser les tensions notamment entre les Etats-Unis et la Chine, la future directrice de l’OMC met en avant son expérience de vingt-cinq ans passés à la Banque mondiale. «Les tensions ne concernent pas que les Etats-Unis et la Chine, a-t-elle déclaré lundi. Il y a aussi une crise de confiance entre les pays en développement et les pays industrialisés.»

La nomination de la Nigériane a été largement saluée par les milieux intéressés par les échanges internationaux. Le président de la Confédération, Guy Parmelin, lui a garanti le «soutien de la Suisse» pour améliorer le système commercial multilatéral. Il y va aussi de la place de l’OMC au sein de la Genève internationale. L’organisation emploie 650 collaborateurs. Son budget 2020 était de 197 millions de francs.

L’élection de Ngozi Okonjo-Iweala a été aussi largement saluée en Afrique. De nombreuses voix se sont fait entendre ces derniers mois pour affirmer que c’était au tour de ce continent de diriger l’OMC. Ces mêmes voix savent aussi qu’à l’OMC, ce sont les Etats qui donnent la direction et que la marge de manœuvre du directeur est restreinte.