Tout en affirmant qu’il n’était pas venu «donner des leçons à quiconque», M. Sarkozy a dressé sur un ton très offensif, lors du discours d’ouverture du 40e Forum économique mondial, un long réquisitoire du système qui a abouti à la crise.

«Cette crise est une crise de la mondialisation (...) La mondialisation a dérapé à partir du moment où il a été admis que le marché avait toujours raison et qu’aucune raison ne lui était opposable».

Il s’en est pris en particulier aux banques, devant une assemblée de patrons de multinationales et de banquiers qui s’étaient, quelques heures auparavant, élevés contre les projets visant à durcir le contrôle de leur secteur, en arguant que cela pourrait brider leur capacité à financer l’économie et la création d’emplois.

«Le métier de banquier n’est pas de spéculer (...), c’est de financer le développement de l’économie», a lancé M. Sarkozy.

«Nous continuerons à faire courir des risques insoutenables à l’économie, à encourager la spéculation, à sacrifier le long terme si nous ne changeons pas la réglementation bancaire, les règles prudentielles, les règles comptables», a-t-il dit.

Sur ce sujet, il s’est dit «d’accord avec le président Obama quand il juge nécessaire de dissuader les banques de spéculer pour elles-mêmes ou de financer des fonds spéculatifs».

Le président américain a annoncé la semaine dernière des projets visant à réduire la taille des banques et à séparer les activités de dépôts et les opérations pour le compte propre des banques sur les marchés, provoquant une levée de bouclier dans le monde financier.

«En mettant la liberté du commerce au-dessus de tout, nous avons affaibli la démocratie», a-t-il soutenu, en ajoutant que «la grande question du XXIe siècle» sera: «comment remettre l’économie au service de l’homme?».

Pour autant, selon lui, «il ne s’agit pas de nous demander par quoi nous allons remplacer le capitalisme mais de savoir quel capitalisme nous voulons».

«La crise que nous traversons n’est pas une crise du capitalisme. C’est une crise de la dénaturation du capitalisme», a déclaré M. Sarkozy.

A ses yeux, «le capitalisme purement financier est une dérive qui bafoue les valeurs du capitalisme» mais «l’anticapitalisme est une impasse pire encore. Il n’y a aucun système autre que l’économie de marché mais nous sauverons le capitalisme et l’économie de marché en le refondant, en le moralisant», a-t-il martelé.

«Il y a des comportements indécents qui ne seront plus tolérés par l’opinion publique dans aucun pays au monde, fut-il le plus grand», a-t-il également affirmé, en faisant allusion aux Etats-Unis, d’où était partie la crise en 2007.

Plaidant pour une action coordonnée au niveau du G20 pour que tous les pays adoptent les mêmes règles, le président français a annoncé que «la France, qui présidera le G8 et le G20 en 2011, inscrirait à l’ordre du jour la réforme du système monétaire international».

«Il n’y aura pas de remise en ordre de la finance et de l’économie si on laisse persister le désordre des monnaies. L’instabilité des changes, la sous-évaluation de certaines devises empêchent que le commerce soit équitable, que la concurrence soit loyale», a-t-il expliqué.