Est-ce du bluff? Nicolas Sarkozy a en tout cas donné le mot à ses conseillers et à ses ministres: il est parfaitement capable de claquer la porte du Sommet du G20, jeudi à Londres, si les résultats lui semblent insuffisants. «La crise est trop grave pour qu’on se permette de faire un sommet pour rien», a-t-il déclaré mardi.

«Il y a une part de provoc, c’est vrai, concède une source française qui suit la préparation du sommet. C’est une manière de dire qu’il veut du dur, du concret. Il faut qu’il puisse revenir à la maison en disant «vous voyez ce qu’on a fait». Et il faut donner un signal aux marchés.»

La France espère un sommet «politique»

Le président, qui déteste les solennités imposées des grands raouts internationaux, veut éviter de se retrouver dans un sommet où tout aurait été bouclé à l’avance. Ses menaces visent à préserver une marge de négociation pour les chefs d’Etat, par rapport au projet de communiqué final déjà révélé par le Financial Times, que l’on juge un peu mou à Paris.

Un proche du président, Henri Guaino, a expliqué lundi soir que la France espère un sommet «politique», capable de «transgression intellectuelle» sur une dizaine de points-clés, comme l’interdiction du prêt d’actions à des fins spéculatives, ou le retour à une division étanche entre banque d’investissement et banque de dépôt. Mais «il y a des intérêts très puissants qui ne veulent pas que les choses changent», a ajouté Henri Guaino en citant la City de Londres, Goldman Sachs et l’IASB, qui définit les normes comptables internationales.

Mais même s’il n’obtient pas les «transgressions» souhaitées, Nicolas Sarkozy devra sans doute se contenter des résultats du sommet. D’abord parce qu’il accueille un sommet de l’OTAN à Strasbourg, les 3 et 4 avril, avec Barack Obama, et que l’ambiance risque d’être glaciale s’il a déserté le G20. Ensuite parce qu’il a pris soin de coordonner ses positions avec Angela Merkel en vue du sommet, et que cette entente retrouvée risque de ne pas résister à un tel coup d’éclat.