Nicolas Sarkozy aime par-dessus tout prendre les autres à contre-pied. Alors que l'application rigide du Pacte de stabilité commence à être remise en cause, il s'est contenté hier, devant l'Assemblée nationale – en ouverture du débat d'orientation budgétaire pour 2005 –, de recommander quelques «aménagements» et de rappeler les «engagements de la France». «Ce n'est pas moi qui [les] ai pris, mais je ferai tout pour les respecter», a-t-il déclaré; avant de défendre la réduction des déficits budgétaires et de la dette: «Nous pourrions contester la rigueur des règles européennes en arguant que nous ne sommes pas les seuls à être en difficulté, mais il serait plus opportun de réfléchir sur notre responsabilité collective. Car il ne s'agit pas d'une dégradation conjoncturelle: notre déficit est structurel. Il s'est creusé, la France et elle seule en est responsable.»

Prévisions optimistes

«Un gouvernement économique de l'Europe, nécessaire dans le domaine monétaire, serait aussi précieux dans le domaine budgétaire, non pour se substituer aux gouvernements des Etats membres, mais pour harmoniser leurs initiatives», a poursuivi Nicolas Sarkozy. «Oui, il faut un Pacte de stabilité. Mais ce qui compte, ce ne sont pas les critères en valeur absolue, c'est l'interprétation qu'on en fait en fonction de la réalité de chaque pays.» Et il a appelé à une politique économique européenne: «Nous avons une monnaie et un marché communs, une Banque centrale indépendante, nous devons nous doter d'une stratégie économique commune.»

Ces pétitions de principe interviennent au moment où l'Institut national des statistiques et des études économiques (Inséé) vient de revoir ses prévisions de croissance à la hausse pour 2004, de 1,7% du PIB à 2,3%. Cette bonne nouvelle, qui place la France au-dessus de la moyenne prévue dans l'Union européenne, desserre l'étreinte économique qui restreint la capacité d'initiative du gouvernement. Mais Nicolas Sarkozy prévient. Il n'y aura pas de baisse des impôts, ni de libéralités dans les dépenses. Les éventuelles ressources budgétaires dues à la croissance doivent être consacrées pour l'essentiel au remboursement de la dette. «Nos finances publiques sont maintenant structurellement déficientes, et se sont nettement dégradées ces dernières années.» La France, a soutenu Nicolas Sarkozy, doit adopter une politique économique qui ne doit «pas fluctuer au gré de la conjoncture».