Sa mission, c’est de comprendre quels seront les emplois de demain et de proposer les formations qui permettront à ceux qui les suivent de rester dans le coup. Ainsi Nicolas Wirth s’est servi de la crise du Covid-19 comme d’un levier. «Nous avons réalisé en trois mois, explique le directeur de l’Ifage, les objectifs que nous comptions atteindre en trois ans au moins.» Numérisation des cours et enseignement à distance. Développement d’une offre dans les nouvelles technologies comme ce certificat de chef de projet en intelligence artificielle. «Voilà un domaine qui, dans les dix ans, sera une source d’emplois.»

Attention, précise-t-il. «Le rôle de la formation professionnelle n’est pas comme dans les hautes écoles d’être le moteur de l’innovation, mais de l’accompagner. Nous avons comme un devoir de veille.» Sans oublier les domaines plus traditionnels. Ainsi songe-t-il au brevet fédéral de spécialiste de la migration qu’il vient de lancer dans le domaine de la santé et du social. «Des compétences que l’on s’arrache. Il y a là un trou à combler.»

Un apprentissage d’ébéniste

Universitaire et économiste de formation, Nicolas Wirth est un fervent défenseur de la formation professionnelle. «Mon grand regret, confie-t-il, c’est de ne jamais avoir appris un vrai métier d’artisan. Quand vous avez fait un apprentissage d’ébéniste, par exemple, vous pouvez toujours par la suite, grâce aux nombreuses passerelles qui existent dans le système suisse, compléter votre formation jusqu’à faire un doctorat si l’envie vous en prend. Apprendre un nouveau métier manuel après être sorti de l’université ou de l’EPFL, c’est plus compliqué.» Un conseil qu’il dispense à ses propres enfants? «Absolument!» dit-il en pensant à ses deux filles âgées de 13 et 15 ans – son aîné, lui, est déjà entré dans le monde du travail.

Je suis convaincu que la résilience est une compétence. C’est une force qui ne s’acquiert pas, mais elle ne peut s’acquérir qu’au fil des difficultés de la vie

Nicolas Wirth

Il dit s’épanouir par la peinture. Artiste peintre? Non, justement, il se considère plutôt comme un artisan. Il a pourtant plus de 600 toiles à son actif et des dizaines d’expositions depuis vingt ans. A Genève, en Espagne, en Suède… Et d’ajouter, dans un demi-sourire: «Au moins, je sais ce que je vais poursuivre quand j’aurai atteint l’âge de la retraite.» Peindre et jouer de la guitare, son instrument.

Cette passion l’a aidé à tenir dans les moments difficiles. Car la carrière de Nicolas Wirth a été semée d’accidents. Il mène une vie confortable depuis sept ans comme directeur administratif et financier du Conservatoire de musique de Genève quand il décide de se lancer un nouveau défi. «Pour se nourrir et s’élever, l’être humain doit se mettre en danger. C’est en déséquilibre qu’on avance. J’ai été engagé dans mon poste actuel après une période de transition professionnelle.»

A plus de trois reprises, il sera parmi l’un des deux finalistes retenus pour ne pas se voir embaucher au final. Ceux qui sont passés par là savent ce que ça signifie. «Malgré tout, nous sommes encore et toujours socialement définis par notre travail, c’est aussi simple que ça.» Et quand il parle de son engagement à l’Ifage, c’est comme s’il y avait eu, après plusieurs années de galère, un alignement des étoiles. «Ce travail était très exactement taillé pour moi.»

Il faut dire que Nicolas Wirth a repris il y a près de trois ans une institution qui a dû se remettre en question. «J’aime bien me présenter comme un expert en crises», plaisante-t-il. Et d’ajouter: «Je suis convaincu que la résilience est une compétence. C’est une force qui ne peut s’acquérir qu’au fil des difficultés de la vie.»

Une grosse machine

Comme pour la plupart des entreprises, il en faudra, de la résilience, pour traverser la crise économique actuelle. L’Ifage est peut-être une institution à but non lucratif, elle dépend à 85% des recettes qu’elle génère et n’est soutenue par le public qu’à hauteur de 15% de son budget. Pour faire face à un manque de liquidités, elle a fait appel aux crédits proposés par la Confédération.

Avec ses 450 enseignants, sa centaine de collaborateurs administratifs et quelque 10 000 étudiants par an, c’est une grosse machine, rappelle Nicolas Wirth. La réponse à ces nouveaux défis ne pourra venir que d’une gestion rigoureuse, mais surtout d’une offre de formation qui colle aux besoins de l’économie. «Nous n’avons pas le choix, il faut faire preuve de créativité et d’une belle capacité d’adaptation. C’est d’ailleurs l’essence même de l’apprentissage et de la formation.»


Profil

1972 Naissance, originaire de Zurich.

1997 MBA de la Grenoble Graduate School of Business.

1999 Contrôleur de gestion chez Naville SA avant d’entrer comme économiste au Département de l’économie de l’Etat de Genève.

2003 Directeur administratif et financier du Conservatoire de musique de Genève puis directeur général de la fondation Virgile formation.

2017 Directeur général de l’Ifage, Fondation pour la formation des adultes.

2018 Exposition «Quand le figuratif rejoint l’abstrait» au château de Rolle (VD).


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