La Bourse de Tokyo est entrée de plain-pied dans l'année fiscale entamée le 1er avril par une culbute de 1,5% à 17028 yens. Sur l'année civile, l'indice Nikkei flanche dorénavant de 1,15%.

Les investisseurs ont nerveusement réagi à la publication de l'enquête du Tankan, réalisée tous les trimestres par la Banque du Japon (BOJ). Elle a révélé que l'appréciation des grandes entreprises manufacturières sur le climat d'affaires s'était tassée pour la première fois en un an de 25 points en décembre, un record en deux ans, à 23 points le mois dernier. La confiance des petites et moyennes entreprises industrielles s'est encore plus significativement dégradée. Plus alarmant aux yeux des opérateurs, les grandes entreprises manufacturières estiment que leurs bénéfices seront inchangés sur l'ensemble de l'année fiscale 2007 par rapport à la précédente qui les a vraisemblablement vus croître de 7,7%.

«Les chefs d'entreprises sont très préoccupés par la situation de la conjoncture américaine. Et la crise économique passée leur a donné l'habitude de se montrer très prudents en début d'exercice fiscal, quitte à se réjouir plus tard des bonnes nouvelles. En outre, l'énorme point d'interrogation qui pèse sur l'évolution du yen est un motif supplémentaire de prudence pour les investisseurs», commente Daniel Felder, consultant indépendant. Goldman Sachs prévoit pour sa part que les bénéfices bruts (récurrents) devraient progresser de 10% cette année fiscale, comme en 2006. A 13%, la croissance attendue des bénéfices nets excède largement les 7 à 9% prévus en Europe et aux Etats-Unis.

Par ailleurs, l'enquête Tankan comporte des éléments rassurants sur la santé de l'économie de l'Archipel. A 22 points, la confiance des grandes entreprises de service se maintient à son meilleur niveau en quinze ans, laissant entendre que ces dernières tablent sur le raffermissement tant attendu de la demande domestique.

Accélération de l'investissement

En outre, tous secteurs confondus, les grandes entreprises envisagent en année fiscale 2007 une hausse de 2,9% de leurs dépenses en capital fixe, le principal moteur de la croissance. Au total, concluent les économistes de Mitsubishi, «le Tankan suggère que l'économie devrait continuer à croître fermement, tirée par [...] un marché du travail étroit, un secteur manufacturier qui a besoin de faire croître ses capacités.». Pour ces spécialistes, rien de cela ne justifie cependant une accélération du rythme de normalisation monétaire par la BOJ, après son tour de vis de 0,25 point à 0,5% de son taux directeur le 21 février.

Pas plus que la persistance des salaires en territoire négatif (-0,7% sur un an en février) ou la rechute de l'Archipel dans la déflation. En février, l'indice des prix à la consommation a reculé de 0,2% et de 0,3% hors alimentation et énergie. Cet accès de faiblesse, qui était d'ailleurs anticipé par la BOJ, devrait être temporaire, estiment les spécialistes. «Les salaires progressent déjà dans les secteurs tendus comme la banque et la construction. Avec un taux de chômage de 4%, il n'y a pas assez de main-d'œuvre disponible et la concurrence sur le marché du travail va créer de l'inflation. Le redressement déjà perceptible des anticipations inflationnistes soutiendra la consommation», expliquait-il récemment lors d'une présentation. De passage à Genève mi-mars, Toru Ohara gérant chez Franklin Templeton n'en pensait pas moins: «Après l'hiver déflationniste, viendra le printemps. Et ce dernier arrive.» Selon lui, le contexte conjoncturel nippon offre au Topix, l'indice le plus large de la Bourse de Tokyo, un potentiel de hausse d'au moins 20% cette année.