Technologie

«Nous n'installerons jamais de porte dérobée»

Felix Kamer, numéro deux de Huawei en Suisse, affirme que les relations avec ses clients helvétiques demeurent excellentes, et assure: «Nous n’avons pas de lien avec les autorités chinoises»

Huawei inquiète. Nombre de pays veulent limiter l’entreprise chinoise de télécoms, soupçonnée de se livrer à de l’espionnage au profit du gouvernement chinois. Les réponses de son vice-président pour la Suisse.

Lire notre dossier: Huawei, une ombre sur la Suisse

Le Temps: Comment réagissez-vous face aux accusations incessantes contre Huawei?

Felix Kamer: Ce sont bien sûr des journées intenses, avec beaucoup de questions qui nous sont posées, tant du point de vue technique ou commercial que politique. Mais c’est ainsi, nous sommes là pour répondre à toute demande, il y a un besoin de transparence et nous sommes très ouverts. Et n’oubliez pas qu’en toile de fond se déroule une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine.

Reste que les accusations d’espionnage sont affirmées avec force par les Etats-Unis.

Sans aucune preuve. Nous n’avons jamais installé de backdoor (porte dérobée) et nous ne le ferons jamais. Huawei est une société privée, dont le capital est détenu par ses employés, et nous n’avons pas de lien avec les autorités chinoises.

Mais de plus en plus de pays, en plus des Etats-Unis, vous bannissent.

Regardez ce qui se passe au sein de Five Eyes [l’alliance des services de renseignement de l’Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et des Etats-Unis]: ni le Canada ni le Royaume-Uni ne nous boycottent. Et pourtant, ils disposent d’excellents ingénieurs capables de comprendre très précisément ce que nous faisons. Et ils n’ont rien trouvé à redire. C’est un signe très clair.

En Suisse, des parlementaires veulent qu’une enquête soit menée au sujet de votre société. Craignez-vous de perdre comme client Swisscom, détenu majoritairement par la Confédération?

Absolument pas. D’abord, je le répète, nous répondons volontiers à toute demande. Ensuite, nos relations avec les clients sont excellentes et vont demeurer ainsi. Les opérateurs agissent de manière rationnelle et disposent de suffisamment d’expertise pour juger de la qualité de nos services.

Avez-vous récemment dû répondre à de nouvelles demandes de la part d’autorités fédérales?

Nous avons des discussions régulières avec les autorités. J’ajoute que nous sommes favorables à davantage de validation et de certification dans le domaine des ICT, comme c’est par exemple le cas dans le secteur aéronautique. Cela améliorera la transparence et la sécurité, ce qui est notre but.

Craignez-vous de perdre des clients en Suisse?

Non, notre croissance était très forte en 2018 et nous n’allons pas ralentir en 2019. Sur le segment entreprises, nous fournissons par exemple une solution wi-fi à l’EPFZ et collaborons avec Schindler pour l’internet des objets. Les ventes de nos smartphones explosent en Suisse. Enfin, la collaboration avec les opérateurs est excellente. Nous comptons 350 collaborateurs dans le pays, avec une vingtaine de postes ouverts, signe de notre excellente santé.

Vous allez construire un réseau 5G. Aurez-vous accès aux données de ses clients?

Non, il y a une séparation claire entre le réseau et son entretien et les données qui y transitent.

Fin 2018, vous aviez évoqué une extension de vos activités à Lausanne. Qu’en est-il?

C’est toujours à l’ordre du jour, mais je ne peux pour l’heure pas vous donner de détail.

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