Jeux vidéo

Nintendo espère se relancer grâce au smartphone

Au plus bas il y a un an, le développeur japonais va décliner ses licences phares dans des jeux mobiles. Une stratégie qu’il a longtemps conspuée

Le succès du jeu smartphone Pokémon GO a pris tout le monde de court. Y compris la filiale helvétique de Nintendo, incapable d’annoncer la date de sortie officielle de sa célèbre franchise dans nos contrées. Qu’importe: la Pokémon-mania balaie déjà le monde entier. Y compris la Suisse où le dernier opus est disponible via des plateformes étrangères.

Jeudi, l’application a atteint 21 millions d’utilisateurs actifs, battant le record détenu depuis 2013 par Candy Crush. Et ce, moins de dix jours après son lancement officiel aux Etats-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Nintendo – entreprise fondée en 1889 dont le cœur de métier était à l’origine la production de cartes à jouer – s’était pourtant longtemps refusé à décliner ses célèbres franchises sur smartphones. Principalement par peur d’affaiblir ses propres consoles.

Le smartphone, plus grand concurrent de Nintendo

L’ancien patron de la marque japonaise Satoru Iwata (décédé l’année dernière) avait bien saisi le changement de paradigme pour l’industrie du jeu vidéo. «Il y a 4-5 ans, alors que la Nintendo 3DS raflait tout, Iwata avait déjà désigné les téléphones portables comme son principal concurrent. Et non pas la console portable de Sony», se rappelle Nicolas Akladios, vice-président du lobby suisse du jeu vidéo SIEA.

Depuis, les jeux pour mobiles ne cessent de grignoter des parts de marché. La Nintendo 3DS représente plus de 80% des ventes de consoles mobiles mais ne s’est écoulée «qu’à» 58 millions d’exemplaires, selon le site VgChartz qui compile les ventes des détaillants. Son aînée la DS s’était vendue à 153,8 millions d’unités dans le monde alors qu’elle faisait face à une concurrence plus féroce de la part de Sony.

Pire, l’échec commercial de la console de salon Wii U (12,9 millions d’unités) pousse Nintendo dans ses derniers retranchements. En fin de vie, elle n’a jamais attiré les éditeurs tiers et s’est dix fois moins vendue que la Wii. Le bénéfice net du groupe japonais a fondu de 60,6% à 16,5 milliards de yens (156 millions de francs) sur le dernier exercice comptable, miné en outre par les fluctuations du taux de change (Nintendo réalise la majeure partie de son chiffre d’affaires hors du Japon).

Un emballement «excessif» des investisseurs

Nintendo est contraint de changer de cap. En mars 2015, son directeur Satoru Iwata annonce un partenariat avec la société DeNA pour le développement de jeux mobiles. Le premier fruit de cette collaboration, le réseau social Miitomo, sort un an plus tard. Quatre jeux pour mobile doivent sortir d’ici à mars 2017, favorisant une hausse des recettes d’un tiers à 45 milliards de yens, espère Nintendo.

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Le développement de Pokémon GO est le résultat d’un autre partenariat, celui avec Niantic, spin-off de Google, dans laquelle Nintendo a investi plusieurs millions de dollars. Le jeu emballe «gamers» et investisseurs. En dix jours, le titre de Nintendo a grimpé de 93%, valorisant la société à 3936 milliards de yens (36,5 milliards de francs).

Un emballement pourtant jugé «excessif s’il est fondé uniquement sur les espoirs de bénéfices tirés de Pokémon GO, estime dans une note l’analyste Junko Yamamura de Nomura Securities. Le jeu peut cependant avoir des implications pour les titres ultérieurs et pour l’industrie des jeux mobiles dans son ensemble».

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Mario, seul personnage entré dans la culture populaire

Un avis partagé par Nicolas Akladios: «C’est maintenant l’ensemble du portefeuille de Nintendo qui pourrait se retrouver sur les plateformes mobiles. Avec Zelda ou Mario, le potentiel est énorme.» Bernd Fakesh, directeur de Nintendo pour la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche, voit pourtant dans le développement de jeux smartphone moins une diversification qu’une «extension de la stratégie marketing» destinée à «attirer de nouveaux joueurs vers nos plateformes», avait-il expliqué il y a un an au Temps dans une interview.

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L’agenda semble confirmer ses dires. Nintendo prévoit de sortir sa nouvelle console, la NX, en mars prochain. Elle sera accompagnée d’un nouvel opus du jeu Zelda, un titre qui propulse traditionnellement les ventes de consoles. Avec Pokémon GO, Nintendo a surtout rappelé le potentiel de mobilisation de ses personnages fétiches, les seuls à être entrés dans la culture populaire.

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