A 2,5%, c’est le «nouveau niveau normal» des taux de la Réserve fédérale américaine (Fed). C’est la conclusion à laquelle est arrivé John Williams, président de la Fed de San Francisco, après avoir interrogé des experts autour de lui et effectué ses propres recherches, a-t-il expliqué lors d’un passage à Zurich vendredi.

Le chemin ne sera donc pas très long pour y parvenir, a-t-il poursuivi devant une poignée de médias, alors que les taux de référence de la banque centrale se situent actuellement dans la fourchette de 1 à 1,25%. Elle les a maintenus inchangés lors de la réunion de cette semaine. Pourtant, à en croire John Williams, la probabilité qu’une hausse de taux se matérialise encore cette année existe. Elle devrait avoir lieu en décembre. L’an prochain, la Fed devrait serrer la vis encore trois fois.

Les taux, l’outil principal

«La vitesse et le contour exacts de ces hausses dépendront de l’évolution de l’économie américaine», a nuancé le banquier central, qui a préféré insister sur la hausse «graduelle» des taux d’intérêt ces deux prochaines années, «honnêtement, c’est plus important que le timing précis» des relèvements des taux d’intérêt. Ces derniers vont redevenir l’outil principal de la politique monétaire. En cas de sous-performance marquée de l’économie, la Fed pourrait baisser les taux à nouveau, a ajouté celui qui siège au Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC), mais ne vote pas cette année sur les décisions.

Mais, pour l’heure, l’économie progresse et «nous sommes près comme jamais au cours de ma carrière des objectifs fixés» à la banque centrale, a poursuivi celui qui dirige la Fed de San Francisco depuis 2011. Il l’a rejointe comme responsable de la recherche en 2002, alors sous les ordres de Janet Yellen, actuelle numéro un de la Réserve fédérale. Diplômé de la London School of Economics, Berkeley et Stanford, il a fait toute sa carrière dans le système de la Fed. Agé de 55 ans, il est notamment connu pour ses recherches ayant démontré que le niveau optimal des taux d’intérêt – qui ne freinent ni n’alimentent la croissance – avait baissé ces dernières années.

Pas de remous sur les marchés

Cette semaine, la Fed a dévoilé comment elle compte s’y prendre pour commencer à réduire la taille de son bilan, qui a gonflé avec les rachats d’actifs (QE), dont le premier programme a été entamé il y a neuf ans. Pour relancer la croissance et éviter la déflation, la banque centrale a injecté des liquidités depuis la crise financière, faisant grimper le total de son bilan à 4500 milliards de dollars. Dès le mois d’octobre, la Fed va cesser de réinvestir les titres arrivés à maturité, ce qui va réduire progressivement la taille de son bilan. Elle prévoit un rythme de 10 milliards de dollars par mois pendant trois mois, puis de 10 milliards supplémentaires tous les trois mois.

Ce changement ne devrait pas secouer les marchés financiers, selon John Williams. «Je n’anticipe pas d’effets larges et soudains sur les taux ou les écarts (spreads) lors de cette normalisation. Evidemment, nous avons parlé de cela continuellement. Nous l’avons annoncé et les marchés l’ont accepté sans sourciller.» Cela n’empêchera pas l’institution de scruter l’évolution ces prochaines semaines, a-t-il précisé.

Le responsable s’est également exprimé sur le niveau d’inflation, obstinément faible, en comparaison avec l’objectif de moyen terme, fixé à 2%. La poursuite d’une croissance solide et le chômage tombé au-dessous de 5% devraient aider les prix à la consommation à se renchérir davantage.