«Il n'existe que trois centres au monde ayant prouvé leur efficacité entrepreneuriale pour lancer des sociétés high-tech: Silicon Valley, la Route 128 (ndlr: région de Boston) et Israël.»

Cette citation de Clinton Harris, partenaire de Grove Street Advisors, un fonds américain gérant 4 milliards de dollars, est du miel pour l'industrie israélienne du capital-risque. Les faits justifient le compliment. Les 50 sociétés actives dans ce secteur ont réuni plus de 10 milliards de dollars depuis leurs débuts, en 1992, ce qui place Israël au 3e rang mondial (voir graphique).

Les neuf dixièmes de l'argent géré par les capital-risqueurs israéliens proviennent de l'étranger, essentiellement des Etats-Unis. «On ne nous choisit pas pour nos beaux yeux, mais parce que notre rendement est meilleur: entre 15 et 18%», dit Avi Zeevi, de Carmel Ventures. Son fonds gère 370 millions de dollars placés par des institutionnels au nom prestigieux, comme le californien Calpers, Siemens, ou Swiss Re et Partners Group, qui fera son entrée à la Bourse suisse dans quelques semaines. Le secret tient dans ce que Avi Zeevi nomme «un écosystème très complet». Au centre se trouvent plus de mille sociétés high-tech résolument tournées vers l'innovation, le risque et l'exportation. Celles-ci bénéficient du soutien massif et expérimenté des organismes publics de promotion. «L'Etat a été assez intelligent pour stimuler des secteurs comptant chacun 15 à 20 sociétés au minimum pour offrir une masse critique suffisante», note Avi Zeevi. L'«écosystème» bénéficie aussi d'une forte densité de diplômés et du rôle moteur joué par l'armée. Outre ses besoins en technologies de pointe, celle-ci reste une pépinière de jeunes entrepreneurs.

Boaz Eitan est un de ceux-là. Pilote de Mirage, prisonnier des Syriens de 1970 à 1973, il a fait une grève de la faim et obtenu d'apprendre la physique en prison, ce qui lui a permis de créer plus tard Saifun Semiconductors, une société spécialisée dans les mémoires non volatiles. Introduite en Bourse sur le Nasdaq en novembre 2005, Saifun a déjà vu sa capitalisation boursière tripler, à plus de un milliard de dollars, pour 100 millions de chiffre d'affaires l'an dernier.

Israël est le pays qui fournit le plus de sociétés étrangères cotées au Nasdaq après le Canada. Les réunions de capital-risque qui s'y tiennent rassemblent plus d'un millier de participants. Le secteur n'a toutefois pas encore retrouvé les sommets de l'an 2000, où il avait drainé plus de 3 milliards de dollars. La destination des investissements s'est aussi modifiée: si les télécoms restent très forts, Internet a fondu, tandis que les sciences de la vie prennent une place croissante.

D'autres secteurs émergent. Le parlement vote ces jours un programme de 40 millions de dollars sur 3 ans encourageant les technologies de l'eau (irrigation, désalinisation, etc.), un marché d'exportation de 2 milliards de dollars en 2010, 10 milliards en 2020.

Les capital-risqueurs israéliens se lancent aussi sur les marchés étrangers - Etats-Unis, Allemagne, Chine et Inde. «Nous devenons globaux», dit Avi Zeevi.

Lire aussi LT des 2 et 3 mars. Cette série fait suite à une invitation du Ministère israélien des affaires étrangères.