Stephen Elop prend sa respiration. Puis débute un monologue de 20 minutes pour détailler les résultats de Nokia. «Croyez-nous, nous prenons des mesures pour passer ces moments difficiles», débute le directeur du fabricant finlandais. Vingt minutes plus tard, Stephen Elop ne consacrera qu’une seule phrase aux deux victimes de ces derniers mois: les employés et les actionnaires. «Nous sommes reconnaissants face au dévouement de nos employés et nous allons créer de la valeur pour nos actionnaires», a dit Stephen Elop lors d’une conférence téléphonique jeudi, à l’occasion des résultats du second trimestre.

L’action de Nokia a certes gagné 11,96% hier à 1,535 euro, mais sa valeur a chuté de 80% depuis début 2011. Quant aux employés, un sur cinq, soit 10 000 au total, a appris en juin qu’il allait être licencié. Sans solution face à Apple et à Samsung sur le marché des smartphones, Nokia devait montrer jeudi des résultats calamiteux, craignaient les analystes. Scrutées avec attention, les réserves de cash ont baissé de 4,9 à 4,2 milliards d’euros, mais pire encore était attendu. Incapable de générer suffisamment de liquidités, Nokia a de plus quadruplé sa perte sur un an (1,41 milliard d’euros) et vu son chiffre d’affaires reculer de 19%, à 7,54 milliards. «Nous avons la force pour continuer, nous vendons des parties de l’entreprise non décisives comme l’immobilier, et nous réduirons dans l’urgence nos dépenses de 3 milliards d’euros d’ici à la fin de l’année», a énuméré le directeur de Nokia.

Impossible de compter combien de fois Stephen Elop a mentionné Microsoft, devenu depuis 2011 fournisseur unique pour le système de ses téléphones. «Windows 8 sera lancé en octobre, aussi pour nos téléphones, et Microsoft organisera une vaste campagne marketing – nous bénéficierons de cet effet de halo pour nos ventes», a martelé le directeur de Nokia.

Le fabricant a certes vendu au total 2% de plus de téléphones qu’il y a un an sur un trimestre, ainsi que 4 millions de portables haut de gamme avec Windows. Mais cela reste loin des 30 millions d’iPhone que doit écouler Apple et des 50 millions de smartphones de Samsung. La part de marché globale de Nokia ne cesse ainsi de s’étioler, selon le cabinet de recherche IDC: après un sommet à 40,4% fin 2007, elle a chuté à 27% en 2011 pour s’établir autour des 21% actuellement.

Comment évoluera la part de marché de Nokia? «Nous pensons que, dans le segment des smartphones, elle va continuer à diminuer durant 2012, estime Neil Mawston, analyste chez Strategy Analytics, contacté par Le Temps. Symbian (l’ancien système de Nokia, ndlr) disparaît rapidement, et le nouveau portefeuille de Microsoft Lumia ne croît pas assez rapidement. Si Nokia devait rebondir sur le marché des smartphones, ce ne serait pas avant 2013.»

Souci pour Nokia: Windows ne représente que 3% du marché global des smartphones. Le fabricant aurait-il dû adopter Android, le système de Google, fort de 60% de parts au niveau mondial? «Si Nokia devait le faire en 2013, ce serait perçu comme une nouvelle volte-face et cela nuirait fortement à sa marque», estime l’analyste.

Du coup, un rachat pur et simple par Microsoft est-il envisa­geable? «Peut-être en 2013, si le partenariat avec Windows ne fonctionne pas, avance Neil Maws­ton. Mais ce serait un rachat très risqué, car Microsoft ne possède pas des compétences autres pour sauver Nokia que le fabricant n’a pas déjà… Microsoft apporterait certes une certaine stabilité financière, mais rien de plus.»

«Si Nokia devait rebondir sur le marché des smartphones, ce ne serait pas avant 2013»