Le nom de Bradley Birkenfeld apparaît dans un vaste scandale financier au Kenya

Corruption Un mandat d’arrêt international a été lancé contre l’ancien banquier d’UBS

A Nairobi, la justice a prononcé des inculpations dans une affaire de contrats publics douteux

Cinq jours après son témoignage devant le juge Guillaume Daïeff à Paris dans le cadre de l’enquête contre UBS, le nom de l’ex-gérant américain de la banque, Bradley Birkenfeld, réapparaît dans un tout autre contexte. Son nom est cité dans un vaste scandale de contrats douteux ou surfacturés, conclus entre des sociétés plus ou moins fictives et l’Etat kényan. Cette affaire dite «Anglo Leasing» s’accompagne de soupçons de corruption touchant d’anciens hauts fonctionnaires kényans. L’ex-banquier paraît y jouer un rôle secondaire, comme signataire de l’un des contrats. Un mandat d’arrêt international vient pourtant d’être délivré contre lui par les autorités kényanes de poursuite pénale, a appris Le Temps.

Selon une information de la BBC publiée le 4 mars, sept anciens fonctionnaires kényans, dont un ancien ministre des Finances, ont été inculpés pour gestion déloyale et conspiration dans l’intention de frauder le gouvernement. Devant le procureur, ils ont démenti toute implication et ont été libérés sous caution. En parallèle, deux mandats d’arrêt internationaux ont été lancés «à l’encontre de deux étrangers soupçonnés d’être liés au scandale», écrit la BBC. L’un d’entre eux viserait Bradley Birkenfeld. L’affaire concerne des faits remontant au début des années 2000, lorsque l’ancien banquier travaillait à Genève, avant sa démission d’UBS, son départ pour les Etats-Unis, sa condamnation à la prison en 2009, suivie de la récompense de 104 millions de dollars reçue du fisc américain pour son aide comme lanceur d’alerte.

L’information publiée par la BBC évoque un certain «Bradley Beckenfield». Mais une source proche du dossier, ainsi que le Ministère public de la Confédération (MPC) ont confirmé au Temps qu’il s’agit d’une erreur orthographique. Il est bien question de l’ancien banquier. «Son nom est apparu dans le contexte de l’une des sociétés du complexe de sociétés offshore impliqué dans l’affaire Anglo Leasing», indique le MPC. Contacté par mail aux Etats-Unis, Bradley Birkenfeld n’a pas donné suite aux questions du Temps.

Le scandale a éclaté en 2004 au Kenya; la commission anti-corruption en a été saisie. Le dossier porte sur de possibles fraudes et commissions liées à des contrats de fournitures publiques, sans mise au concours, dans les domaines de la sécurité, de la police, des télécommunications. Quelque 18 contrats douteux auraient été conclus entre l’Etat kényan et des hommes d’affaires d’origine indienne, également poursuivis; au final, les biens et prestations commandées auraient été surfacturés, mal exécutées, voire pas fournies du tout. En parallèle, des structures financières ont été créées pour prêter des fonds à l’Etat kényan afin qu’il puisse acquérir les nouvelles installations.

Le lien entre «Anglo Leasing» et la Suisse? Certaines des sociétés de financement auraient leur siège à Genève; d’autre part, une partie de fonds a été placée sur des comptes en Suisse. Si des dizaines de millions de francs ont transité par la Confédération, seuls quelques millions ont été bloqués dans plusieurs établissements bancaires. Le MPC a ouvert une enquête pénale pour blanchiment en 2009, l’instruction continue. Mais aucune poursuite n’est engagée en Suisse contre Bradley Birkenfeld, dont le nom apparaît, selon plusieurs sources, comme l’un des intermédiaires étrangers travaillant pour les hommes d’affaires d’origine indienne; il aurait ainsi signé – à titre de dirigeant d’une société – l’un des contrats portant sur l’informatisation de la police et l’installation de caméras de surveillance à Nairobi. Aucune commission rogatoire n’a été envoyée aux Etats-Unis dans ce contexte, selon le MPC. UBS n’est pas non plus sous enquête et n’a pas souhaité commenter. A l’époque, les noms d’autres établissements sont apparus, comme HSBC et la banque Schroder.

Les autorités kényanes de poursuite pénale et le MPC travaillent en étroite collaboration sur ce dossier depuis plusieurs années. La Suisse a transmis aux Kenyans des pièces financières; Nairobi a fait de même, suite à une demande d’entraide judiciaire adressée en juin dernier. Les magistrats suisses cherchent la preuve d’une éventuelle infraction préalable au blanchiment d’argent: «Le paiement présumé de pots-de-vin à des fonctionnaires kényans en vue d’obtenir des contrats publics lucratifs serait constitutif d’une telle infraction préalable», selon le Ministère public. Jacques Pitteloud, l’ambassadeur de Suisse à Nairobi, salue ces inculpations: «Elles représentent un grand progrès et démontrent le sérieux de la collaboration qui a repris sur cette affaire depuis plus d’une année entre les autorités suisses et kényanes.»

Les autorités kényanes et le Ministère public travaillent en étroite collaboration