Le Temps: Vous misez beaucoup sur les touristes chinois. Quel est le potentiel réel pour la Suisse avec eux?

Jürg Schmid: Cette année, les nuitées en hôtel des touristes chinois pourraient franchir la barre du million. C’est un vivier très important pour nous. A tel point que l’Empire du Milieu est devenu, cette année, notre cinquième plus important marché étranger. D’ici à huit ou dix ans, le nombre de nuitées chinoises en Suisse va doubler, à 2 millions. C’est d’autant plus positif qu’un Chinois dépense trois fois plus durant son séjour qu’un Français ou un Allemand, par exemple. Mais il est vrai qu’il s’agit avant tout de shopping. Les hôteliers n’en recueillent malheureusement pas encore tous les fruits, car ils ne sont pas aussi généreux dans leurs dépenses liées à l’hébergement. C’est notamment la raison pour laquelle nous privilégions désormais, dans notre stratégie de développement en Chine, le tourisme individuel et espérons développer des offres sur d’autres régions de Suisse qui ont peu ou pas profité ­de l’engouement des Chinois.

– Du coup, est-ce qu’il n’y a pas le risque de négliger les marchés traditionnels, sachant que Suisses et Européens représentent encore 80% de la demande?

– Pas du tout. Suisse Tourisme poursuit une stratégie duale. D’un côté, notre rôle est de gagner des parts de marché dans les pays à forte croissance. Car, c’est un fait, l’avenir est plutôt du côté asiatique. De l’autre, notre mission est aussi de regagner des clients européens.

– Les Allemands ont clairement boudé la Suisse ces dernières années. Comment y remédier?

– Avec les Pays-Bas, l’Allemagne est le pays le plus sensible aux variations de prix. Surtout que le niveau des salaires réels y a baissé. Mais chaque année, la différence d’inflation nous permet de regagner entre 1,5 et 2% en termes de compétitivité-prix. Reste que le chemin sera long et ardu pour reconquérir ces clients.

– Selon les spécialistes, le tourisme urbain connaîtra une croissance à long terme supérieure à celle du tourisme alpin. Comment s’y préparer?

– Rappelons que la Suisse, hors de l’Europe, est surtout perçue comme une destination d’été. Les perspectives pour les villes s’avèrent donc positives. Pour les Alpes, je suis également optimiste.

– C’est-à-dire?

– En été, les Alpes pourraient bénéficier d’un effet indirect du réchauffement climatique. Bientôt, les températures dans le bassin méditerranéen deviendront trop chaudes pour beaucoup de touristes. Nos montagnes offriront alors une alternative rafraîchissante. Nous anticipons une forte augmentation de l’attractivité du tourisme alpin à l’avenir, une sorte de renaissance.

– Quelles sont les autres tendances à moyen et long terme, selon vous?

– Il en existe beaucoup. Tentons de résumer. En hiver, il existe une demande pour les séjours all inclusive [le tout-compris], qui pourrait devenir une niche pour certains prestataires. La Suisse n’étant pas une destination de tourisme de masse, nous continuerons à privilégier la qualité, pas le low cost . La population, en Europe, devient de plus en plus âgée. A nous de proposer à cette tranche d’âge au pouvoir d’achat conséquent une offre ciblée. Ensuite, le  medical wellness, qui combine prestations médicales et de bien-être, est un segment dans lequel la Suisse est très bien positionnée. Le développement durable aura un impact de plus en plus important sur les offres touristiques. Avec nos Alpes, leur air pur, notre vaste offre de mobilité douce et notre réseau dense de transports publics, nous avons de belles cartes en main pour bien faire. D’ailleurs, le principal capital touristique du pays reste ses paysages.