Durant les quatre premiers mois de l’année, les procédures de faillite prononcées à Genève ont plus que doublé par rapport à la même période en 2010. Les faillites définitives, elles, ont été multipliées par 2,3. «En dix ans que je suis ici, je n’ai jamais vu cela», indique Christophe Pommaz, préposé aux faillites du canton, en épilogue de la conférence nationale des préposés aux poursuites et faillites qui s’est tenue vendredi dans la ville du bout du lac pour la deuxième fois en 14 ans.

Les exercices 2010 (2921 faillites) et 2011 (2650 banqueroutes) ont déjà été marqués par des records absolus – sur six ans – de débâcles entrepreneuriales. Effets de la crise? «Sans doute, poursuit l’expert, qui considère déjà que la cuvée 2012 sera spectaculaire. On se demande jusqu’où cela va aller.»

En moyenne depuis 1999, Genève dénombre un peu moins d’une centaine de créations de nouvelles entreprises par an, ce qui correspond à un taux moyen de renouvellement de son tissu productif d’environ 4,5% [ndlr: la dernière statistique disponible remonte à 2007, et fait par exemple état d’un ratio ventilé par branche de 6% pour la construction, de 13% pour l’informatique, de 10% pour la recherche et le développement et de 8,5% pour la finance]. «2010 a été une année record pour la création d’entreprises, mais aussi pour les faillites», relève Christophe Pommaz, pour qui 50% des entreprises créées dans le pays sont condamnées après cinq ans d’existence. L’évolution des faillites sur le plan national est également ascendante, mais plus sensible, avec toutefois un bond entre 2009 et 2010 (en valeur absolue, de 10 681 à 11 725 faillites).

Situation genevoise critique

Qu’en est-il des poursuites? «En 2011, nous avons enregistré 2 692 526 procédures dans le pays», résume Stefan Broger, haut fonctionnaire zurichois et président de la conférence suisse des préposés aux poursuites et faillites. Soit une augmentation de 1% sur un an. «Environ un million d’actes de poursuite provient de Suisse romande», précise Olivier Chollet, préposé en la matière pour le canton de Genève, où la «situation est jugée critique». En effet, une poursuite helvétique sur dix lui est imputable, ce qui, une fois rapporté à sa population, représente un exploit national.

Pourquoi Genève est-il si mauvais élève? «La situation sociale y est plus tendue», estime Olivier Chollet. Pour Christophe Pommaz, la «mentalité latine» tient une part de responsabilité: «Le tabou du contentieux est brisé. Les gens sont plus procéduriers et paient moins rubis sur l’ongle.» La moitié des poursuites à Genève découle d’un problème fiscal ou d’assurance maladie. L’endettement touche aussi de plus en plus les jeunes.