Les consommateurs sont partagés sur la nécessité ou non d'un renforcement de leur protection. C'est en partie une question de prix, selon une étude de l'Université de Saint-Gall, sur mandat de l'Association Suisse d'Assurances (ASA), et présentée vendredi au cours de la Journée de l'assurance, à Zurich. L'enquête a porté sur 1027 participants répartis dans tout le pays. Les résultats sont d'autant plus attendus que les discussions politiques abondent sur la réorganisation de la protection des consommateurs. Il s'agit ici de la révision de la loi sur le contrat d'assurance (LCA) et de la loi sur les services financiers (LSFin).

78% des personnes interrogées préfèrent choisir la durée de leur contrat et renoncer à la possibilité de le résilier pendant la durée contractuelle, si cela leur apporte un avantage concret, tel qu'une baisse de la prime. Par contre 61 % sont favorables au droit de révocation. Selon les auteurs, Martin Eling et Peter Maas, «le renforcement de la protection devrait être ciblé et tenir compte du rapport utilité/coûts».

L'étude montre que 50% des consommateurs ne sont pas prêts à payer davantage pour renforcer leur protection. Par contre 24% sont prêts à payer jusqu'à 5% de plus, 5% jusqu'à 10% de plus, 3% à payer n'importe quel montant et 18% de financer cette protection par les impôts.

Interrogé par Le Temps, Martin Eling déclare que «les associations de protection des consommateurs contribuent grandement à leur protection. Mais certaines de leurs exigences ne concordent pas avec celles de ces derniers». Un exemple de disparité ? «Nos résultats montrent que les consommateurs sont prêts à renoncer à un droit de résiliation ordinaire après un an s'ils obtiennent en contre-partie une réduction de prime», explique au Temps le professeur saint-gallois. Un droit de résiliation ordinaire ainsi ancré dans la loi (ce qui est actuellement en discussion) contredirait la volonté des consommateurs, à son avis. Le sondage indique que les consommateurs sont à la recherche d'un équilibre entre responsabilité individuel et réglementation. Dans certains domaines, ils désirent une liberté de choix. «Notre étude complète la perspective des organisations de protection des consommateurs», ajoute l'économiste.

La LCA et la LSFin, laquelle reprend la directive européenne MiFid 2, et vise précisément à renforcer la protection des consommateurs dans les services financiers «vont profondément et durablement modifier la place financière suisse» observe l'auteur de l'étude. «Mais, à ma connaissance, les consommateurs ne seront nullement interrogés », regrette Martin Eling. L'économiste ajoute qu'on ne leur demande ni s'ils désirent vraiment ces nouvelles règles ni s'ils sont prêts à payer des primes 5 à 10 % plus élevées.

L'étude de l'université de Saint-Gall montre très clairement, selon Martin Eling, que «la volonté de payer davantage pour une protection accrue est très limitée». Dans ces conditions, les recommandations des auteurs consistent à «tenir compte des coûts et des bénéfices si l'on désire augmenter la protection des consommateurs».

Le paternalisme de l’État sur le comportement optimal des consommateurs, en matière de santé, d'alimentation comme de finance est-il exagéré aujourd'hui ? «Il n'y a pas de tutelle exagérée de la part de l’État, mais les initiatives telles que la LSFin ou la révision de la loi sur l'assurance peuvent conduire au paternalisme de l'Etat», estime Martin Eling.

L'étude souligne aussi que 32% de la population ne dispose que de connaissances très lacunaires en matière financière. C'est notamment vrai auprès des femmes. «Les lacunes sont encore plus criantes pour les questions d'assurance», ajoute l'économiste. L'étude recommande le développement d'initiatives privées et publiques afin de mieux appréhender les risques par exemple à l'aide des nouveaux médias (coach numérique).

Les auteurs classent les personnes interrogées en trois camps : Les pragmatiques (41%), qui ont une attitude passive et nécessitent une information simple et standardisée, les décideurs (36%), qui ont un moindre besoin de protection et ceux que l'étude qualifie de «déléguants» (23%), qui dépendent des conseillers en assurance (agents et brokers). On les trouve surtout en Suisse romande et au Tessin, selon le sondage.