A en juger par les réactions, le gouvernement allemand a réussi un coup de maître. La désignation d'Axel Weber à la présidence de la Bundesbank est accueillie par un bouquet d'éloges. C'est bien simple, la promotion de cet universitaire de 47 ans, qui enseigne la politique monétaire à l'Université de Cologne, fait l'unanimité. Pourtant personne n'avait pensé à lui ces derniers jours. Quand les spéculations ont fleuri sur les papables à la succession du président démissionnaire, Ernst Welteke, jamais le nom d'Axel Weber n'a été prononcé ou écrit.

La chute du titulaire pour une faute déontologique était à la fois un piège et une chance. En chassant Welteke, le gouvernement avait pris le risque d'écorner l'indépendance de la Bundesbank. Le chancelier Schröder a résisté à la tentation de promouvoir un de ses sherpas. Deux secrétaires d'Etat en vue auraient pu remplir la fonction, mais leur proximité avec le pouvoir à Berlin aurait donné raison à ceux qui accusaient le gouvernement de chercher à contrôler la Bundesbank.

Alex Weber a l'avantage de n'appartenir à aucun parti. Economiste réputé, il dirige depuis 1998 un institut de politique monétaire, le Center for Financial Studies à Francfort. Il est un des cinq «Sages» qui conseillent le gouvernement allemand. Il appartient aussi à un cercle d'observateurs de la Banque centrale européenne (BCE). Introduit partout, il connaît, dit de lui un collègue berlinois, «toutes les banques centrales d'Europe comme le revers de sa poche».

Faucon ou colombe? Monétariste ou keynésien? L'intéressé refuse de se laisser cataloguer. Professeur à HEI à Genève, Charles Wyplosz, qui connaît l'économiste depuis 15 ans, juge la question non pertinente: «Axel Weber est un scientifique, pas un prêtre. En politique monétaire, il n'appartient à aucune église en particulier. C'est vraiment un esprit indépendant.» Très prudent, comme il sied à un banquier central, Axel Weber livre tout de même quelques indices. Le Pacte de stabilité et de croissance, dit-il, ne doit pas être révisé, mais appliqué. Il appelle les Etats de la zone euro à mieux consolider leurs budgets. Il adhère à la stratégie de la BCE qui est de maîtriser l'inflation dans la zone euro. En revanche, il est favorable à une appréciation plus flexible des données monétaires et économiques qui guident les décisions sur le niveau des taux.

Ernst Welteke, venu à la Bundesbank par le biais de la politique, était un poids plume du débat monétaire. Son successeur, lui, évolue dans la catégorie des poids lourds. Sous sa conduite, la Bundesbank sera armée pour rattraper son retard en matière d'analyse économique et monétaire. Charles Wyplosz parle d'une décision «intelligente»: «Axel Weber est un renfort pour la Bundesbank, qui pourra de nouveau exercer de l'influence sur les débats monétaires.»