Vincent Metzel a écrit deux ouvrages bien documentés sur Philips. Pourtant, à l'annonce de la nomination surprise de Gérard Kleisterlee pour succéder à Cor Boonstra, qui a atteint la limite d'âge, à la tête de Philips le 30 avril 2001, le journaliste devait avouer son ignorance: «J'ai regardé dans les index de mes livres. Son nom n'apparaît pas une seule fois.» L'homme qui prendra la barre d'une entreprise pesant 31,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 1999 est en effet pratiquement inconnu à l'extérieur du groupe. Les analystes financiers, qui ont pourtant l'œil rivé sur le secteur qui leur est attribué, disent peu ou prou la même chose. «Après la période Boonstra, Philips a besoin d'un visionnaire. Mais je ne sais pas grand-chose de Kleisterlee», avoue David van Hoytema, chez ABN Amro. «Il a fait bonne impression lors d'une présentation aux analystes en novembre dernier», se hasarde un autre analyste.

Alors, qui est donc Gérard Kleisterlee? D'abord, contrairement à Cor Boonstra, Kleisterlee est un homme du sérail, qui a passé 25 ans chez Philips. Le groupe renoue donc avec une tradition de choisir des «dirigeants maison». Le futur patron est passé par la division médicale, par les systèmes audio professionnels, par la présidence de Philips Taïwan et, entre septembre 1997 et juin 1998, par la direction des activités de la multinationale en Chine. «Il a fait de l'excellent travail en Asie alors que le continent se trouvait en pleine crise financière», affirme Ben Geerts, porte-parole du groupe. Puis, en janvier 1999, cet amateur d'aviron prend la présidence des Composants électroniques, l'une des plus grosses divisions du groupe. Kleisterlee y a fait ses preuves: en 1999, il réussit à accroître fortement le bénéfice, qui passe en un an de 44 millions à 286 millions d'euros, malgré une baisse de 2% du chiffre d'affaires.

L'autre successeur potentiel était Adri Baan, président de la division Electronique grand public. «Adri Baan a décidé de démissionner au 29 mars 2001», indique le communiqué de presse de Philips. «Son départ ne peut pas être séparé de la nomination de Kleisterlee», concède Ben Geerts. Il rejoindra la longue liste des dirigeants frustrés de ne pas obtenir un poste convoité ou mis sur la touche qui deviennent «conseillers» du groupe mais qui, dans les faits, disparaissent pour de bon.