Chaque publication du bénéfice de la Banque nationale suisse (BNS) suscite des convoitises. La dernière en date, vendredi, n’a pas fait exception. Alors que la pression monte sur le Conseil fédéral, qui doit faire des annonces ce mercredi, elle monte aussi sur la BNS. C’est vrai: comment, dans la crise actuelle, ne pas voir une solution dans les milliards de bénéfices qui semblent s’accumuler sans fin, alors que certains secteurs sont étranglés?

Oui, la BNS peut se montrer plus généreuse dans la redistribution de ses bénéfices. Même en gardant des réserves indispensables, elle a davantage de moyens dont le pays pourrait profiter. Le montant qu’elle verse à la Confédération et aux cantons doit justement être renégocié. Avec ou sans pressions politiques, il y a de fortes chances qu’elle augmente cette contribution pour cette année et les suivantes. Elle l’a d’ailleurs déjà fait.

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La Confédération a les moyens

Ces fonds seront utiles aux collectivités publiques. Mais il ne faut pas se tromper de sujet. Cette redistribution, souhaitable, légitime et même légale, du bénéfice de la banque centrale n’est pas directement liée à la crise du covid. Recevoir ce pactole n’est pas une urgence, la condition sine qua non pour venir en aide à des secteurs paralysés par les mesures sanitaires que l’Etat leur a imposées. Pour cela, la Confédération dispose déjà des moyens nécessaires.

Rappelons-le: la Suisse est l’un des pays les moins endettés. Les investisseurs sont si confiants dans la bonne gestion de nos finances qu’ils paient la Confédération pour lui prêter de l’argent. Mais à quoi nous sert cette discipline si on n’utilise pas ou pas assez les finances publiques lorsqu’on en a le plus besoin? La peur de la dette risque de nous précipiter vers un autre danger: celui de laisser des stigmates durables de la crise dans notre économie si on abandonne certains secteurs.

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En orientant le débat vers la BNS, on risque de cacher, encore, la pingrerie de la Confédération. Berne n’a pas besoin de l’argent de cette institution, du moins à court terme. Sauf si c’est le seul moyen de vaincre sa réticence à dépenser. Mais il ne s’agit plus d’un raisonnement économique. Plutôt d’une tactique politique.